Les photos émouvantes de Jo-Anne McArthur

{To read the original English version of the interview, click here}

Orang Outan We Animals Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Je n’avais jamais entendu parler de Jo-Anne McArthur, jusqu’à ce que je tombe sur cet article du blog Peuvent-ils souffrir ? … Par chance, je l’ai lu le jour où The Ghosts in our Machine, le documentaire dont je vous parle ici était disponible en ligne gratuitement.

J’ai alors découvert le travail remarquable de cette photographe qui a choisi de dédier sa carrière à l’une des causes qui lui tient le plus à coeur : le bien-être et la protection des animaux. À travers ses clichés, elle expose la tristesse qui pèse sur les animaux exploités par l’homme et les conditions inimaginables dans lesquelles ils sont enfermés, élevés, dressés,  transportés ou abattus… Inimaginables puisque ce que ses clichés racontent, peu de personnes en sont témoins : comme en parle si bien Matthieu Ricard dans son livre Plaidoyer pour les animaux, toute personne susceptible de raconter ou de montrer la vérité sur ce qui se passe derrière les façades des fermes, des abattoirs, des zoos, des cirques etc. est interdite d’entrée… surtout si elle est ‘armée’ d’une caméra ou d’un appareil photo !

Comme pour la réalisation de beaucoup de documentaires au sujet de l’exploitation des animaux,  c’est après de longs repérages que Jo-Anne McArthur s’aventure clandestinement et généralement de nuit, dans ces lieux de tortures bien cachés du public. Elle prend également beaucoup de photos en plein jour et en toute légalité… et capture alors les aberrations de l’exploitation animale dont le public est témoin sans y être sensible pour autant…

Poussins multicolores © Jo-Anne McArthur, We animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Quelles que soient les conditions dans lesquelles elle travaille, Jo-Anne parvient à réaliser des clichés de grande qualité et incroyablement émouvants. Ses images m’ont tellement marquées que j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette talentueuse photographe, cette activiste passionnée et cette femme tout simplement inspirante.

À ma plus grande joie, elle a accepté de répondre à mes questions…

Si vous préférez lire la version originale en anglais, c’est par ici.

joanne_mcarthur_ghosts_in_our_machine

© Jo-Anne McArthur, We animals

Contrairement à vous, tout le monde ne se soucie pas des animaux… qu’est-ce qui dans votre enfance ou quelles expériences ont développé votre sensibilité envers eux et votre envie d’en prendre soin ?

Je pense que beaucoup d’enfants sont sensibles aux animaux et si ce n’est pas le cas, ils sont au moins curieux de savoir qui ils sont et pourquoi ils font ce qu’ils font. Quand j’étais enfant, je remarquais vraiment n’importe quel animal. Les chiens attachés dehors, les chevaux montés par la Police, les adorables animaux de compagnie, les animaux à l’air triste dans les zoos. Mais dans ma famille nous mangions de la viande, ce qui est était la norme comme chez la plupart des gens. On ne me dissuadait pas de prendre soin des animaux et nous en avions toujours des petits autour pour nous tenir compagnie… des oiseaux, des gerbilles, par exemple. Je ne sais pas exactement ce qui m’a distingué des autres enfants… d’autres gens, et pourquoi voir des animaux tristes et la manière dont on les traite a fait de moi une activiste contrairement à d’autres. Je pense que j’ai toujours ressenti de l’empathie pour toutes les personnes oppressées. Je n’ai pas cherché à fuir la douleur qui en découle.

Rapace Copyright Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Chat Copyright Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

chien copyright jo-anne mcarthur we animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Comment vous êtes-vous décidée à consacrer votre vie à la sensibilisation aux problèmes liés à l’exploitation des animaux à travers la photographie ?

En fin de compte, j’ai réalisé que je pouvais utiliser mes compétences pour rendre le monde meilleur. J’encourage cette démarche pour quiconque essaye de trouver sa voie, pour savoir comment aider. Et nous avons tous besoin d’aider. Vous trouverez la longévité dans votre activisme si vous faites ce que vous aimez et ce en quoi vous êtes doués. Prendre des photos et raconter des histoires, c’est quelque chose que je sais bien faire. Et j’ai vu que peu de photographes documentaient la vie des animaux que nous élevons et tuons pour la nourriture, les expérimentations, les divertissements, les vêtements. On voit beaucoup de mégafaune charismatique et d’animaux domestiques, mais on ne voit pas les animaux invisibles, ceux gardés derrières les murs des fermes. Il était nécessaire de documenter cela et la manière dont nous les traitons. J’ai donc suivi ce chemin.

Vaches laitières Copyright Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Truie et ses petits Rapace Copyright Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Moutons © Jo-Anne McArthur, We animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Ce que l’on voit à travers votre objectif est vraiment bouleversant… Je n’ai vu qu’un petit aperçu des horreurs dont vous avez été témoin mais elles n’ont pas quitté mon esprit depuis. C’est ce que vous voyez de vos propres yeux de manière régulière. Comment cela vous affecte-t-il ? Comment faites-vous face à l’impact que cela peut avoir sur votre propre bien-être ?

Eh bien c’est un combat. Je ne peux pas mentir. C’est très dur pour moi. Mais quand vous êtes en pleine prise de photos… vous avez parcouru un long chemin pour ces photos, et tellement d’organisation, de planification, de repérages, etc., ont été investis dans chaque mission… vous avez un temps limité pour faire un très bon travail, et c’est donc ce sur quoi je dois me concentrer. Je gère les émotions liées à ce que je vois plus tard. Mais cela fait mal. Cela affecte ma foi en l’humanité.  C’est décevant. Mais cela doit être fait. Pour que nous puissions savoir, être attentif, se sentir irrité et changer. J’essaie de prendre soin de moi, mais n’importe qui en mission peut témoigner de la difficulté de prendre le temps de prendre soin de soi. Les activistes travaillent beaucoup. Les gens qui sont motivées peuvent avoir une concentration remarquable. Je suis comme ça, et on trouve de la consolation dans le fait de savoir que notre travail a un impact.

Vache transport Jo-Anne McArthur we animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Cochon © Jo-Anne McArthur, We animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Lapins abattoir Jo-Anne McArthur Copyright

© Jo-Anne McArthur, We animals

Y a-t-il des endroits où vous avez été et qui vous ont bouleversé plus que d’autres ?

La souffrance reste la souffrance, et voir des cochons dans des  caisses, des poules dans des cages, des visons dans de si petits confinements, ou des éléphants obligés d’exécuter des ruses humiliantes… tout cela est tellement horrible. Pourtant, je suis bien obligée de dire que les fermes de fourrure sont parmi les endroits les plus extrêmes où j’ai été. Toute cette souffrance pour satisfaire notre désir de luxe et d’excès. C’est honteux.

Minks Jo-Anne McArthur we animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Minks Fur Farm Jo-Anne McArthur We Animals copyright

© Jo-Anne McArthur, We animals

Minks copyright Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Du côté de la protection des animaux, quels sont été certains des changements les plus positifs dans le monde l’année dernière ? Quels sont les changements réalistes qu’on peut espérer se voir réaliser prochainement ?

Le cirque Ringling Bros supprime progressivement l’usage des éléphants. Cela aurait dû être fait il y a longtemps et ne se fait pas assez tôt, mais c’est néanmoins une bonne nouvelle ! Un fonctionnaire du Vietnam a annoncé qu’ils allaient graduellement cesser l’usage des animaux dans les divertissements cruels et inutiles. Seaworld continue d’être critiqué par les médias. Je pense que l’usage des animaux pour les divertissements va continuer de diminuer petit à petit. Les zoos sont appelés à être sérieusement réformés pour se rapprocher du modèle des sanctuaires. L’industrie de la fourrure se bat de toutes ses forces et avec beaucoup d’argent pour que la fourrure reste populaire, et pourtant, la vente de fourrure dans certains pays a dégringolé.

Elephant attaché cirque Copyright Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Ours © Jo-Anne McArthur, We animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Lionne Jo-Anne McArthur We animals

© Jo-Anne McArthur, We animals

Nous devons tous participer à ces changements et tout ce que nous devons faire c’est ne pas participer. Ne pas acheter de fourrure. Ne pas aller dans des endroits où les animaux sont là pour nous divertir. Acheter des produits sans cruauté pour les animaux au lieu de n’importe quel vieux produit ordinaire. C’est facile. Ca donne un sentiment de pouvoir. Cela sauvera des vies. Tout comme nous tenons à notre vie, les animaux tiennent à la leur. Je le vois sur tous leurs visages, à chaque fois que je les rencontre. Un changement de comportement, en leur nom, est attendu depuis fort longtemps.

Jo-Anne McArthur

© Jo-Anne McArthur, We animals

Pour aller plus loin :

  • The ghosts in our machine, documentaire dont je vous parle ici et qui suis les pas de Jo-Anne McArthur
  • We Animals, le site du projet de Jo-Anne McArthur et la page Facebook (en anglais)
  • We Animals, son livre (en anglais)

We animals Book Cover Jo-Anne McArthur

Connaissiez-vous le travail de Jo-Anne McArthur ? Y a-t-il d’autres photographes qui vous ont marqué ?

Commentaires- Mettez-y votre grain de vert!

Cet article, publié dans Animaux, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Les photos émouvantes de Jo-Anne McArthur

  1. Ping : Bilan et partage autour de l’éco-défi | nous sommes tous des graines

  2. JULE dit :

    J’admire tellement cette femme! Les photos qu’elles prend dans les refuges sont magnifiques! Je pense que c’est après avoir vu quelques photos qu’elles a prises sur une ferme de fourrure que je me suis décidée à regarder Earthling. 🙂

  3. cindy dit :

    Je ne connaissais pas cette photographe ce qu’elle fait est très bien pour sensibiliser les gens , ses photos sont tellement touchantes , c’est horrible le regard qu’on ces pauvres bêtes ! Quand est ce qu’on va leur foutre la paix à ces animaux , les laisser vivre leur vie ?

  4. blogplanetaddict dit :

    Quelle belle découverte à travers ton défi, vraiment. Ses photos sont magnifiques, et tellement horribles en même temps. Celle des poussins fluo, des lapins et de l’ours m’ont particulièrement touché!
    Quelle belle action que d’utiliser son art pour porter un message aussi fort. Arriver à capter l’émotion de ces bêtes en une seule image est un travail excellent!
    Merci Natasha, beau travail 😉

  5. ophea44 dit :

    Merci pour cette découverte. …

  6. Ping : Graines vertes #5 | Échos verts

  7. Ping : Le meilleur de 2015 | Échos verts

  8. geneste dit :

    les seuls commentaires que l on doit faire quand on prend connaissance du sort fait aux animaux grace au travail de gens tel queJo Anne, c est: j arrete de manger les animaux!

Mettez-y votre grain de vert!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s