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[Bilan] 10 ans de blogging, le meilleur et le pire

Le 21 juin 2013, je finissais la rédaction de mon tout premier article, cliquais sur « publier » et lançais officiellement mon blog « Échos verts », loin d’imaginer la place qu’il finirait par prendre dans mon quotidien et encore moins que j’y consacrerais une partie de mon temps de travail. Dix ans plus tard, même si beaucoup de choses ont changé dans ma vie comme dans la blogosphère, je reste fidèle à ce blog où je continue de publier des articles chaque mois. L’an dernier, à l’occasion des 9 ans du blog, je me posais tout de même la question d’arrêter ou de continuer de bloguer et malgré des constats peu réjouissants sur la blogosphère et le monde de la création de contenus de manière plus générale, je restais confiante et motivée pour continuer dans cette voie professionnelle. 

Un an plus tard, la question est toujours d’actualité mais la réponse est bien différente : je me donne encore un an et demi à deux ans, non pas pour voir si et comment les choses évoluent mais plutôt pour réfléchir à l’après. Les blogs n’ont plus vraiment la côte et les longs textes non plus, et ce depuis quelques années déjà, il serait illusoire de penser que mon activité de blogueuse pourrait encore se développer. S’ajoute à ce désintérêt un déclin considérable dans le nombre d’entreprises prêtes à rémunérer les créateurices de contenus privilégiant les textes aux vidéos et prêtes à nous rémunérer tout court. Peu de mes lecteurices ont par ailleurs la possibilité ou l’envie de participer directement à la rémunération de mon travail, que ce soit via Tipeee ou l’achat de mon webzine Cardamome & Curcuma. Cinq ans après la création de ma micro-entreprise, mes revenus ont presque triplé, ce qui pourrait laisser penser que l’entreprenariat me réussit ; cette augmentation reste malgré tout insuffisante puisque je gagne 20 % de moins que le seuil minimal mensuel que je m’étais fixée pour rentabiliser le temps, l’énergie et les ressources investies dans la création de contenus, tous supports confondus (blog, IG, webzine) et pouvoir ainsi développer mon activité de manière durable. Sans pourtant chercher à m’enrichir, je peine à m’y retrouver financièrement

L’heure des « au revoir » n’a toutefois pas encore tout à fait sonné et même si mon activité de créatrice de contenus sera forcément amenée à évoluer dans les prochaines années, je ne pense pas que le blog disparaîtra complètement : l’envie d’écrire et de partager sur une diversité de sujets persiste et j’ai encore assez d’idées pour l’alimenter 10 nouvelles années ! 

Pour l’heure, je vous propose un petit bilan, avec le meilleur et le pire de mes 10 premières années de blogging et mes réponses aux questions que vous m’aviez posées lors de la FAQ lancée sur Instagram à l’occasion des 10 ans du blog, le 21 juin dernier.

10 temps forts de ces 10 dernières années

LE MEILLEUR

Le plaisir d’écrire

Pour moi qui avais pour ambition de devenir journaliste, avant de bifurquer vers l’enseignement du français puis de l’anthropologie sociale et culturelle, la création de ce blog m’a permis de faire une place de choix à une activité qui m’apporte énormément de satisfaction : l’écriture. Je fais partie de ces gens qui ont toujours écrit : depuis l’enfance, j’ai écrit des dizaines de journaux intimes, des centaines de lettres à des dizaines de proches et de correspondant·es, des dizaines de poèmes, de nouvelles, etc. Le blog m’a permis de me lancer dans l’écriture d’articles, puis d’un livre et d’un webzine et même si ma plume n’a rien d’extraordinaire, je suis heureuse d’avoir pu l’améliorer au fil des dernières années et de voir qu’elle est appréciée par d’autres. Écrire de jolies phrases avec de jolis mots ne me vient pas aisément mais cela reste malgré tout une activité qui me stimule et m’apporte énormément de satisfaction. 

Devenir autrice

S’il est satisfaisant d’écrire sur mon propre blog, je ne vous cache pas que le fait de publier mes mots ailleurs est également très gratifiant. En plus de mon livre 21 éco-défis pour prendre soin de soi et de la planète et de mon webzine Cardamome & Curcuma, je suis heureuse que d’autres m’aient accordé leur confiance pour publier mes mots ailleurs qu’ici (dans Le coup de fouet, par exemple). Le succès de mon livre 21 éco-défis, sorti en pleine pandémie, n’a pas été à la hauteur de tout ce que j’y ai investi et les ventes au compte-goutte de Cardamome & Curcuma ne sont pas des plus réjouissantes non plus… Malgré tout, je reste fière du travail que j’ai accompli, de toutes les compétences que j’ai su développer et de la persévérance dont j’ai su faire preuve pour publier des supports que d’autres lisent avec intérêt.

Des éco-défis collaboratifs

Pendant 5 ans, les publications de ce blog ont été rythmées par les éco-défis, soit 49 challenges collaboratifs au cours desquels vous avez été des centaines à vous investir chaque mois/trimestre. J’ai adoré cette période riche en échanges et en partages aussi instructifs que bienveillants et motivants : ceux-ci m’ont portée dans mon cheminement vers un mode de vie plus sain, plus éthique et plus écologique et m’ont amenée bien plus loin dans mes réflexions que si j’avais relevé ces défis en solitaire. Alors que je me sentais assez seule avec ma volonté d’aligner mon mode de vie à mes valeurs, j’ai trouvé via le blog une communauté de personnes engagées dont l’écoute, le soutien et la simple présence m’ont encouragée à aller jusqu’au bout de mes idées.  

Des changements significatifs

Quand je regarde en arrière et que je repense à mon quotidien et à mes priorités il y a encore une quinzaine d’années, je constate à quel point mon mode de vie, mes choix et mes envies étaient alors différents… Depuis, beaucoup de choses ont changé dans mon alimentation, mon rapport au matériel, ma manière de consommer, de m’informer, de me connecter, etc., ainsi que dans mon engagement dans la défense des causes qui me sont chères, me permettant ainsi d’être davantage alignée avec mes valeurs, reliée à l’essentiel et engagée.

Des amies pour la vie

Ces années de blogging m’ont permis de faire de superbes rencontres et même de nouer des liens et de forger des amitiés solides avec d’autres personnes engagées. Qu’il s’agisse de clientes, d’entrepreneuses ou d’autres créatrices de contenus, plusieurs d’entre elles m’ont été d’un soutien inestimable au cours des dernières années et quelques-unes font partie de mes plus précieuses amies et confidentes.

Des collaborations en or

À l’exception de quelques déceptions, j’ai jusqu’à présent la chance d’avoir travaillé en grande majorité avec des personnes dont le professionnalisme, la générosité et la confiance m’ont beaucoup touchée. Je pense en particulier à Landmade, une entreprise avec qui je collabore depuis plusieurs années et qui fut la première à proposer de rémunérer mon travail. Landmade est ma partenaire la plus durable, la plus transparente et la plus honnête et son approche dans notre collaboration est aussi louable que la qualité des produits qu’elle propose.

Un soutien précieux

Que serait ce blog sans vous toustes qui me lisez avec intérêt et m’accordez votre soutien et votre confiance depuis des années ? Même si la plupart des lecteurices restent dans l’ombre, d’autres m’écrivent régulièrement en commentaire, par mail ou même sur Signal pour partager leur avis, leur expérience et leurs encouragements. D’autres encore me soutiennent financièrement sur Tipeee depuis des années. Ces relations en ligne ont beau être « virtuelles », leur impact sur ma motivation et mon travail sont pourtant aussi réelles que précieuses.

LE PIRE

Des commentaires malveillants

Je me souviens encore avec émoi des toutes premières fois où j’ai reçu des commentaires agressifs et désobligeants. Au début, je les prenais très personnellement et je mettais beaucoup de temps à les digérer, à les empêcher d’accaparer mes pensées. Au fil des années et des commentaires, j’ai appris à m’en détacher mais je reste malgré tout choquée de constater combien de personnes crachent leur venin sans se soucier de la forme ni de l’impact de leurs propos, oubliant qu’il y a de vrai·es humain·es derrières chaque blog/compte Instagram, etc. Je déplore également que beaucoup de personnes déforment les propos des articles qu’elles lisent et y réagissent après les avoir lu en diagonale… 

L’influence : un métier mal vu

En plus des personnes qui ont la critique facile et mal placée, il y a celles qui peinent à considérer la création de contenu comme tout autre travail nécessitant du temps des compétences et peinent à comprendre que nous soyons rémunéré·es pour un métier-passion choisi… J’ai également choisi d’être professeure ET j’y prends du plaisir : trouverait-on normal pour autant que je le fasse bénévolement ? J’adorerais pouvoir écrire et enseigner sans obligation d’en tirer des revenus mais comme toustes celleux vivant dans une société capitaliste, j’ai besoin d’argent pour me nourrir, me vêtir, me loger, me soigner, me déplacer, etc. 

Je déplore également la méfiance qui règne dès lors qu’on propose du contenu sponsorisé par une marque, comme si le fait d’être payé·e pour parler d’un produit/service nous rendait forcément moins honnête et authentique… En particulier dans le domaine de la création de contenus engagés, nous mettons un point d’honneur à être transparent·es, à promouvoir des marques dont les valeurs sont alignées avec les nôtres et à présenter des produits/services qualitatifs, testés et approuvés. Rappelons que si nous n’étions pas rémunéré·es pour une partie de nos publications, nous ne pourrions pas nous permettre de proposer autant de contenus gratuits car c’est bien grâce aux entreprises et aux lecteurices qui rémunèrent notre travail que nous pouvons aussi publier des articles accessibles à toustes. 

L’entreprenariat éthique : un poids, deux mesures

Je regrette de ne pas avoir enregistré toutes les propositions de partenariats ou les simples mails complètement incongrus que j’ai pu recevoir de différentes entreprises soi-disant engagées ces dernières années – j’aurais certainement pu en faire un article « Best of » très divertissant ! Entre les marques qui pensent que les créateurices de contenu sont des machines à produire, celles qui s’imaginent que nous pouvons créer du contenu en un claquement de doigt, celles qui nous considèrent comme des bénévoles vivant d’amour et d’eau fraîche, celles qui estiment qu’elles nous rendent un service en nous permettant de parler de leurs produits, celles qui se vantent de respecter les droits des travailleur·ses fabriquant leurs produits sans rémunérer celleux qui en font la promotion, etc., j’ai reçu d’innombrables mails à la lecture desquels je me suis exclamée W*** T** F*** ! Je pense notamment à :

La place d’IG et des RS

J’ai rejoint Instagram en 2017, curieuse de découvrir 1000 ans après tout le monde ce réseau social qui semblait faire l’unanimité. J’observe depuis avec déception comment cette application accapare l’attention de ses utilisateurices, au détriment des blogs, et comment son algorithme punit – en invisibilisant leurs publications – celleux qui ne répondent pas aux exigences (changeantes) de la plateforme. Je déplore par ailleurs que les entreprises privilégient désormais les publicités sur Instagram plutôt que les contenus publicitaires sur les blogs puisque ces derniers permettent de présenter des marques et des produits/services en détail tout en améliorant leur référencement sur la Toile… mais les blogs étant désertés par les créateurices comme par les lecteurices, je comprends bien évidemment les choix marketing des entreprises. 

La vidéo sinon rien

La vidéo prend désormais une place considérable sur les réseaux sociaux et semble largement favorisée par les algorithmes, les utilisateurices et les entreprises, au détriment de toute publication écrite, sur les blogs comme sur les réseaux sociaux. Les vidéos en ligne ayant un impact écologique bien plus important que les contenus écrits, mon intérêt pour celles-ci étant limité et leur création nécessitant des compétences, du matériel et des moyens que je n’ai pas, je ne suis pas prête à me lancer dans cette voie… Ainsi, mon activité de créatrice de contenus est inévitablement vouée à continuer de ralentir considérablement

Sentiment d’impopularité

Je trouve difficile d’évoluer dans un milieu où, quoi qu’on dise, notre popularité influence notre succès professionnel voire notre estime de nous-mêmes. Qu’il s’agisse du nombre d’abonné·es, de partages accompagnés de mots élogieux, de commentaires dithyrambiques, du nombre de partenariat, etc., plusieurs facteurs dépendant entièrement de notre communauté peuvent affecter la manière dont nous percevons notre propre travail… Et quand notre nombre d’abonné·es stagne ou chute, que notre travail est rarement recommandé par d’autres créateurices de contenu, que les commentaires se font rares et les partenariats encore plus, on a vite fait de se sentir « impopulaire ». Malgré le contenu « qualitatif » – d’après nombre de personnes qui me lisent – que j’ai proposé en 10 ans sur le blog, sur IG, dans mon livre et mon webzine, force est de constater que mon travail, peu loué et relayé, reste globalement dans l’ombre, ce qui affecte inévitablement ma confiance et ma motivation. Le rôle du racisme dans cette impopularité – auprès des lecteurices, consoeurs/frères engagé·es, et entreprises – me travaille également beaucoup.

L’impression d’écrire dans le vide

Ma motivation est également affectée par l’impression d’écrire « dans le vide ». Durant les premières années, quelques dizaines de lecteurices laissaient des commentaires suite à la publication d’un nouvel article. Allant du simple « merci » à des réponses détaillées, ces réactions me donnaient l’impression d’un échange, me permettaient de mieux vous connaître et me guidaient également dans mon planning de publication. Aujourd’hui, les commentaires étant plus rares et moins nombreux, je me demande souvent pour qui et pourquoi j’écris…

RÉPONSES À VOS QUESTIONS

Comment t’est venue l’idée d’écrire un blog ?

En 2011, j’ai commencé à enseigner dans un lycée international de l’île de Vancouver, au Canada, ayant pour mission de sensibiliser les élèves à la paix et au développement durable. Or, j’ai rapidement constaté que malgré l’engagement des élèves, il y avait un réel décalage entre leur comportement et leurs valeurs… Nous vivions pourtant dans un environnement exceptionnel, entouré·es de personnes très impliqué·es dans la protection de l’environnement à l’échelle collective comme à l’échelle individuelle et exposé·es à toutes sortes d’initiatives accessibles et inspirantes. Tout ceci m’a donné envie de réfléchir davantage à ce que nous pouvions faire à notre échelle pour cheminer vers un quotidien plus durable et de regrouper mes découvertes sur un blog afin de donner davantage de visibilité aux alternatives et aux initiatives qui font sens.

Quels sont tes conseils pour tenir la cadence aussi longtemps ?

La gestion d’un blog est une activité à part entière, que l’on veuille ou non en tirer des revenus. Si l’on souhaite s’y investir de manière régulière et durable, comme pour tout autre activité, il me semble important de l’intégrer à son planning hebdomadaire et de se fixer des objectifs sur le court et le moyen terme, voire le long terme. Sans ça, d’autres obligations prendront toujours le dessus… Voici ce qui me permets de tenir la cadence depuis 10 ans :

On parle souvent de ce qui évolue négativement dans le blogging. As-tu du positif, c’est à dire ce qui marche mieux maintenant qu’avant ?

De moins en moins de personnes lisent des blogs, peu d’entre elles laissent des commentaires, de moins en moins d’entreprises rémunèrent les articles de blog… Force est de constater que les réseaux sociaux et les vidéos sont de plus en plus populaires, au détriment de la blogosphère et des longs articles. En somme, rien de bien positif pour la blogosphère et celleux qui, comme moi, tentent en vain de maintenir leur blog (barque) à flot !

Ceci étant dit, au-delà de la blogosphère à proprement parler, plusieurs choses ont évolué positivement dans le domaine de la création de contenus :

Est-ce que tu as constaté une constance/diminution/augmentation des lectures ?

Voici la réponse en un graphique :

Après tout ce temps et ces thématiques, comment trouves-tu l’inspiration ? 

La diversité des contenus que j’aborde fait certainement partie des facteurs qui me desservent dans mon travail de créatrice de contenus – les lecteur·rices comme les entreprises semblent préférer les blogs et comptes spécialisés (mode, recettes, zéro déchet, cosmétiques, etc.) – et en même temps, c’est justement grâce à cette variété de sujets que je ne me lasse pas de bloguer et ne manque jamais d’inspiration. De plus, après avoir parlé essentiellement d’écologie individuelle et pratique les premières années, j’aborde à présent bien d’autres sujets à travers le prisme de l’écologie, de l’éthique et du bien-être de manière plus générale – du burn out en cuisine aux souffrances du post-partum en passant par le minimalisme digital ou encore l’appropriation culturelle, les sujets explorés ici sont très variés – et je puise essentiellement l’inspiration dans mes réflexions et expériences personnelles et professionnelles qui me mènent ensuite à des réflexions plus globales sur la société… Il y a un tas de sujets à propos desquels je me serais retrouvée à noircir les pages d’un journal intime il y a quelques dizaines d’années. Aujourd’hui, quand je ressens le besoin d’écrire sur un sujet, j’ouvre un document word et, bien souvent, ça se transforme en article. Et il se passe rarement un jour sans que je ressente le besoin d’approfondir un sujet à l’écrit… C’est pourquoi je ne pourrai jamais publier tous les brouillons d’articles entamés ni toutes les idées que j’ai en tête, tellement il y en a !

Pour conclure cet article, je souhaiterais remercier du fond du cœur les lecteur·ices qui m’encouragent et me soutiennent (par quelconque moyen) depuis plusieurs années déjà, voire depuis mes tout début dans la blogosphère ! La confiance que vous m’accordez et l’intérêt que vous avez pour mes écrits font partie des piliers de mon travail et nul doute qu’ils continueront de me porter quand ce chapitre de ma vie professionnelle sera définitivement terminé.       

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