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Le véganisme, ma maman et moi

Comme beaucoup de personnes, lorsque mon positionnement antispéciste m’a amenée à vouloir adopter un mode de vie végane, je me suis souciée des réactions de ma famille. Je me demandais comment elle réagirait face à mon choix de ne plus me nourrir de produits animaux et comment se dérouleraient nos repas de famille désormais. Devrai-je passer mon temps à me justifier et à défendre mes choix ? Devrai-je faire face à un certain nombre de remarques et de questions pleines d’incompréhension ? Devrai-je me méfier des plats soi-disant végétaliens qui ne le sont pas complètement ? S’il est vrai que j’ai eu des discussions pas faciles, reçu des remarques désagréables et que l’on m’a servi des plats soi-disant végétaliens qui ne l’étaient pas vraiment, je dois dire que passée la phase de surprise et d’incompréhension, tou·te·s les membres de ma famille se sont montré·e·s très bienveillant·e·s à l’égard de mes choix un peu hors-norme. Aujourd’hui, non seulement iels respectent ma manière de vivre, mais iels sont en plus très attentionné·e·s lorsque je vais manger chez elleux. Iels s’assurent toujours de prévoir des menus végé-friendly sans que je n’ai à me soucier de quoi que ce soit ! Je me sens particulièrement chanceuse d’avoir une famille aussi ouverte et flexible qui a pris le parti de profiter de mes visites pour découvrir d’autres plats plutôt que de se sentir contrainte. D’ailleurs, je repars régulièrement de chez mes proches avec de nouvelles idées de recettes végétales et je suis toujours bluffée par leur créativité !

Je suis particulièrement admirative du chemin parcouru par ma maman. Alors qu’au début elle insistait pour que je mange des plats qui ne contenaient « qu’un tout petit peu » de produits laitiers ou elle me comparait avec moquerie à Brigitte Bardot, elle a aujourd’hui beaucoup de respect pour mes choix et lorsque nous passons du temps ensemble, nous prenons énormément de plaisir à échanger des idées de recettes végétales et à tester des restaurants végé. Aimant beaucoup cuisiner, elle s’amuse à végétaliser mes plats indiens préférés et étant très gourmande et curieuse, elle apprécie de pouvoir goûter de nouvelles choses lorsque c’est à mon tour d’être derrière les fourneaux. Mais sa curiosité ne s’arrête pas là puisque nous sommes allées au Veggie World ensemble, à Lyon puis à Paris, et elle se documente pas mal sur la cause animale et le véganisme de son côté. J’entends régulièrement les personnes d’un certain âge dire qu’elles sont trop « vieilles » pour changer quoi que ce soit et pour remettre leurs habitudes en question… Pourtant, quand j’échange avec ma maman de 68 ans, il est clair pour moi que l’âge n’est pas forcément une barrière au changement et que si l’on est véritablement ouvert·e d’esprit et soucieux·euse de l’état du monde à la base, il est tout à fait possible de remettre en question certaines croyances et habitudes.

Je vous propose donc aujourd’hui de découvrir une interview de ma maman afin qu’elle puisse vous parler de la manière dont elle a vécu ma transition vers le véganisme ainsi que de l’évolution de son intérêt pour la cause animale au fil des dernières années…

Pour commencer, peux-tu nous dire quel était ton rapport aux animaux avant que tu ne te familiarises avec le véganisme ?

Avant de découvrir le véganisme, l’idée qu’un animal puisse souffrir et éprouver des sentiments – de la peine comme de la joie – n’avait à aucun moment frôlé mon esprit. Je consommais de la chair animale, des produits laitiers et des œufs régulièrement, sans me poser aucune question sur ce qu’avait pu subir l’animal avant que cette nourriture arrive dans mon assiette. J’utilisais également des accessoires en cuir, en laine et en soie sans que cela ne me dérange ou que je me pose quelque question que ce soit.

Pourtant, tout au long de mon enfance à Madagascar, j’ai grandi entourée d’animaux. Nous avions un chien ainsi que des poules pour qui j’éprouvais beaucoup d’affection et je prenais plaisir à rendre visite aux animaux de compagnie de mes amis ! J’aimais particulièrement aller au zoo ainsi qu’au cirque pour observer d’autres espèces ; elles me fascinaient toutes énormément. En même temps, j’ignorais complètement le décalage qu’il pouvait y avoir entre ce que je percevais et ce que ces animaux pouvaient ressentir.

Qu’as-tu ressenti et qu’est-ce que tu t’es dit au moment où je t’ai annoncé que je ne mangerai plus de produits animaux il y a bientôt 5 ans ? Qu’est-ce qui t’a aidé à accepter mes choix ?

Je me suis d’abord inquiétée quant aux répercussions que cela aurait sur ta santé. Ayant toujours entendu dire que la viande était une source importante de protéines et que les produits laitiers et les œufs étaient riches en nutriments essentiels aux êtres humains, je craignais que tu aies des carences. Et puis, les jours, les mois et les années se sont écoulés. J’ai vu que tu te portais merveilleusement bien, tout en te nourrissant de produits sains et variés. J’ai par moi-même réalisé, en cuisinant végétalien lorsque tu venais nous voir, que c’était une alimentation riche, savoureuse et équilibrée. J’ai ainsi commencé à prendre goût à cette nouvelle manière de cuisiner.

Lorsque j’ai commencé à te parler de bien-être animal quelques temps après, tu m’as rétorqué “Tu ne vas pas devenir comme Brigitte Bardot quand même !” Pourquoi penses-tu avoir eu cette réaction ? Que penses-tu de mon intérêt pour l’antispécisme et l’éthique animale à présent ?

Il est vrai qu’à cette époque je ne portais pas d’intérêt particulier au bien-être animal. Ce que je voyais ou lisais sur l’investissement de Brigitte Bardot pour la défense des animaux me faisait même sourire, car je trouvais cela presque ridicule. Je ne comprenais pas qu’une personne puisse dépenser autant d’énergie et d’argent pour les animaux alors qu’il y avait tant d’êtres humains dans le besoin. Pourtant, se préoccuper des animaux n’empêche bien évidemment pas de se préoccuper des humains ! Comme l’a si bien dit Alphonse Lamartine, « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on en n’a pas. ».

Étant donné ton intérêt sur ce sujet, je me suis penchée de plus près sur la question et j’ai alors pris conscience du nombre d’animaux victimes de violences et tués sans pitié pour assouvir les demandes et les attentes de l’être humain. Suite à différentes discussions avec toi et à la lecture d’articles sur la maltraitance des animaux, je me suis souvenue de certains reportages que j’avais vus par le passé, sur leur transport et leur abattage en particulier…. Ces images m’avaient déjà choquée et interpellée à l’époque, mais je n’avais rien remis en question pour autant. Mes habitudes alimentaires étaient tellement ancrées que je ne m’imaginais pas éliminer les produits animaux de mon assiette.

Aujourd’hui, je reconnais que tous les animaux sont des êtres sensibles et je considère que les violences qu’on leur fait subir sont injustes et inacceptables. Je comprends donc désormais mieux ton raisonnement et tes choix que je soutiens amplement.

Quel impact mon cheminement vers le véganisme a-t-il eu sur toi ?

Ton cheminement vers le véganisme m’a donné à réfléchir et m’a incitée à m’informer sur le sujet. Je voulais avant tout comprendre ce mouvement politique et les idéaux sur lesquels il était fondé. Mon objectif n’était toutefois pas d’adopter ce mode de vie au quotidien car cela me semblait très difficile. Et puis, lors de mes passages chez toi et grâce à différents livres et magazines, j’ai découvert de nombreuses recettes variées, colorées et savoureuses qui m’ont permis d’apprendre à cuisiner sans produits animaux. Pour le moment, je peux dire que je suis presque « végétarienne » mais encore très loin d’être végane. Cependant, lorsque j’achète un produit, quel qu’il soit, je regarde attentivement sa composition. C’est un aspect auquel j’accorde beaucoup d’importance, ce qui n’était pas le cas avant.

Envisages-tu d’autres changements dans ton mode de vie à l’avenir ?

Plus le temps passe, plus je m’aperçois que j’opte désormais naturellement pour des recettes sans produits animaux. Aimant cuisiner, je prends beaucoup de plaisir à découvrir de nouvelles saveurs et à inventer de nouvelles combinaisons. L’envie de composer mes plats avec un produit animal m’effleure de plus en plus rarement. À terme, j’aimerais parvenir à supprimer entièrement la chair animale de mon alimentation. Pour le reste, je ne saurais dire dans l’immédiat. Dans tous les cas, je préfère procéder par étapes car il reste difficile pour moi de bousculer mes habitudes. Néanmoins, dans ma tête, l’objectif est clair : je souhaite évoluer vers une alimentation de plus en plus végétale, non seulement parce que je ne veux plus contribuer à l’exploitation animale mais aussi parce que je me suis aperçue que les quelques changements que j’ai déjà appliqués dans mon assiette sont très bénéfiques à mon bien être général.

Merci de m’avoir permis cette prise de conscience.

Comment vos parents ou vos proches ont-ils vécu votre transition vers le végétarisme/végétalisme/véganisme ?
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