Il y a un peu plus de 2 ans, je découvrais avec horreur l’impact sanitaire et écologique des tampons et des serviettes hygiéniques jetables… Entre les gels à base de polymère ou les fibres artificielles faites de viscose pour rendre les serviettes et les tampons super absorbants, les pesticides utilisés pour la culture du coton, le chlore utilisé pour le blanchir, les produits chimiques permettant sa stérilisation, les emballages et applicateurs en plastique, il n’est point surprenant que l’industrie des protections intimes soit l’une des plus polluantes ! En outre, le fait que ces nombreuses substances et matières nocives se retrouvent en contact avec la paroi vaginale, elle-même très absorbante, peut causer des problèmes de santé.
Heureusement, de plus en plus de personnes luttent à leur manière pour informer le public de ces problématiques et leur proposer des alternatives bien plus saines et écologiques, comme la coupe menstruelle et les serviettes lavables. Parmi ces personnes, se trouve Capucine, fondatrice de PliM, précurseur des protections hygiéniques lavables bio et fabriquées en France. Capucine a accepté de répondre à mes questions pour partager avec nous ses connaissances, son expérience, ses conseils afin d’utiliser les protections hygiéniques lavables tout en respectant notre corps… et la planète.
Comment vous êtes-vous intéressée aux alternatives aux tampons et aux serviettes jetables ? Qu’est-ce qui vous a motivée à lancer PliM ?
Ingénieure de formation j’ai rencontré au gré d’un voyage une amérindienne qui fabriquait ses propres serviettes hygiéniques lavables. Comme toute occidentale élevée au bon dégoût du sang et de la honte des règles, j’étais mal à l’aise, puis j’ai rigolé un peu indignée et dégoutée ! Et puis j’ai compris que dans la culture amérindienne cela avait un sens. Ne pas dénigrer ce sang si riche et fertile, qui pourrait même nourrir les plantes, honorer son féminin : des notions qui m’étaient complètement inconnues et tabous.
Étant tout de même curieuse de nature, j’ai testé, et là… miracle ! Pas d’odeurs, un super confort, comme une culotte ! J’ai trouvé un bien-être que je ne connaissais pas. J’ai ricanné en me disant: “oui, mais le plus dur est à venir… avec le lavage !”… Et bien non ! Ça se lavait très bien. Je les ai donc adoptées avec un grand bonheur.
Quelques années d’utilisation plus tard, je me suis dit que c’était tout de même incroyable que ça n’existe pas en France. Après de longues réflexions et contre l’avis de mon entourage j’ai abandonné mon parcours d’ingénieur… et lancé PliM en 2009. Malgré mes hésitations, toutes les portes s’ouvraient devant moi. C’était obligé que j’avance dans cette direction.
J’ai relancé une filière de jolis textiles écologiques faits en France. Deux ans de recherches avec l’Institut Français du Textile nous ont permis d’obtenir des produits techniques, efficaces, écologiques. Mais aussi féminin, sexy et design. Ce qui était vital pour nous afin de proposer un produit qui suive nos vies modernes en respectant l’environnement mais aussi sans atteintes à la santé.
J’ai travaillé sur une confection de grande qualité avec un atelier de prêt à porter de luxe qui en plus était organisé en SCOP, ce qui me convenait tant par la qualité de confection que par l’éthique entrepreneuriale. Nous travaillons à un model d’entreprise libéré et agile, tout un programme ! Aujourd’hui en quelques chiffres, PliM c’est 10 000 nouvelles clientes, 80 salons bio et bien-être en France et à l’étranger, 110 revendeurs magasins et pharmacies, 4 000 à 6 000 PliM produites chaque mois.
Trop peu de personnes connaissent les problèmes environnementaux et sanitaires liés à la fabrication et à l’usage des serviettes et des tampons hygiéniques jetables… pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est tout d’abord un problème sanitaire et d’inconfort (c’est aussi ce qui parle le plus aux femmes). Avez-vous déjà vu la composition des produits sur les packagings des tampons ou serviettes? Et bien non, il n’y en a pas ! Ces produits font partie de l’industrie du papier (vous savez, celle qui est très polluante!). Du coup on sait qu’il y a de la rayonne qui est un abrasif et qui provoque des micro lésions et la dioxine (résidu du blanchiment au chlore) qui est cancérigène et qui favoriserait l’endométriose.
Le tampon est lui, spécifiquement asséchant, il absorbe la glaire cervicale donc on n’a plus notre flore pour nous protéger. Il est inculpé dans le syndrome de choc toxique qui fait une grosse polémique actuellement suite à l’amputation d’une mannequin américaine, Lauren Wasser. Essayez : plongez un tampon dans un verre d’eau et remuez : tous les petits filaments qui partent… vont rester dans votre vagin et créer potentiellement irritations et infections !
Pour la serviette, c’est en priorité la macération qui est en cause dû à un plastique non respirant, qui développe d’ailleurs les odeurs. Mais surtout tous les allergènes présents entre autre avec les parfums, sont souvent critiqués par les gynécologues qui reprochent aussi le fait de porter des protege-slips en plastique tous les jours. Car la peau et la flore vaginale sont alors affaiblis. Et puis un bouquet de produits chimiques qui varient selon les marques en accompagnement de la viscose ou autre.
Les femmes pensent que c’est leur sang qui sent.. mais c’est la macération dans du plastique qui provoque ces odeurs. Ce qui donne un autre regard sur le sang de la femme du coup ! D’ailleurs, c’est dommage que les serviettes soient si inconfortables car cela incite les femmes à utiliser le tampon qui franchement n’a pas tout pour plaire !
L’autre problème, c’est bien sûr la pollution. Où vont les tampons ou serviettes usagées ? Dans les WC (les plombiers adorent!) ou bien à la poubelle où ils finissent brulés. Et aussi sur les plages ou dans les forêts, on pourra les retrouver dans 500 ans !
On s’intéresse rarement aux quantités utilisées ni même au budget : 42 ans de menstruation, 540 cycles soit 10 à 20 000 protections jetées, soit 2 milliard par an. C’est un budget de 2 à 5€ par cycle. 5 à 15 PliM suffisent pour une durée de vie moyenne de 5 ans, soit 1 cycle=1€ donc 50% d’économies. Et si nous parlions des protections pour les fuites urinaires ou l’incontinence encore tabous de nos jours ? Pourtant, une femme sur 3 est concernée dès 30 ans et 5% des hommes à partir de 40 ans. Entre 100 et 1000 protections par an soit une économie de 60 à 80% avec les PliM.
Voilà, quand on commence à s’y intéresser on a du mal à croire qu’on vend encore des jetables sauf si on cherche le chiffre d’affaires des 5 entreprises mondiales qui fabriquent….
Remplacer les serviettes jetables par des serviettes en coton bio lavables ne semble à priori pas très compliqué… Mais remplacer des tampons par la coupe menstruelle peut sembler plus complexe. La coupe peut-elle être utilisée à tous âges ? Quels sont vos conseils pour l’adopter sans peine ?
Alors en effet le passage aux PliM (Protections Lavables IntiMes) ne change quasi en rien les habitudes. Elles se replient sur elles-mêmes pour se refermer comme une pochette avec sa membrane imper-respirante à l’extérieur qui évite les odeurs et les fuites. Elle est donc nomade et s’emporte partout. Et pour laver, rien de plus simple : hop, dans la machine avec le reste du linge à 40°C. Et éventuelleement on peut prétremper. En tout cas il ne faut pas avoir peur du lavage, les seules bactéries du sang menstruel sont celles de la flore vaginale.
Pour les coupes menstruelles, rappelez la première fois que vous avez mis un tampon… et bien c’est la même chose, c’est un nouvel objet qu’il faut apprivoiser avec d’autant plus de douceur qu’il s’introduit dans votre intime ! La coupe, c’est une histoire d’envie et de coup de main. Elle est douce et hypoallergénique en silicone médical. Souple, elle se plie et s’insère délicatement. On ne doit pas la sentir et elle ne doit pas fuir, sinon c’est qu’elle est mal mise (ou ce n’est pas la bonne taille). C’est un bon moyen pour connaitre son corps et se mettre un peu plus à son écoute.
Je dirais cependant qu’il faut se poser une seule question : “Ai-je envie de mettre quelque chose dans mon vagin aujourd’hui, là, maintenant ?” Parce que honnêtement, personne ne trouve jouissif d’enfiler un tampon tout sec et on se pose rarement la question de cette envie. À s’écouter, on mettrait beaucoup moins de chose dans le vagin (hormis… bien sûr!). Refaites une vraie porte d’entrée au niveau de votre vagin. Une porte qui ne s’ouvre pas si facilement… et surtout qui ne s’ouvre que quand on la respecte en douceur !
Donc le problème ce n’est pas la coupe mais la notion de son propre corps. Si on n’a rien envie de mettre et qu’on force, alors on a mal, alors on stress et on se referme donc on n’arrive plus à retirer la coupe, alors on force… et on manque de respect à son propre corps ! La coupe c’est simple, facile, hygiénique et anatomique.. donc pas de soucis ! Apprenez tranquillement à connaître votre corps, la coupe et surtout, écoutez-vous. Commencez à la maison tranquille, détendue et hors du cycle menstruel avec un protège-slip. Lubrifiez-la avec de l’eau chaude, massez vos lèvres doucement et laissez vos lèvres “l’absorber” doucement. Désolée pour l’image mais nos lèvres sont comme un mollusque qui fait tout le contour de l’objet avec tout son être et avance sur lui doucement ! C’est d’ailleurs cette lenteur qui fait un bien fou avec les messieurs ou les boules de geisha…
Plutôt que pour quel âge, je dirais que c’est pour toutes celles qui en ont l’utilité. Il faut tout de même un minimum d’hygiène (se laver les mains) rien de plus qu’un tampon ceci dit. Il faut la mettre et la retirer avec les doigts. Je dirais aux jeunes, commencez par les PliM, car vous n’avez pas les préjugés et le vécu de vos ailleules qui utilisent les tampons parce qu’elles ne supportent pas les serviettes, leur macération et odeurs. Avec les PliM, une jeune commence avec des produits super confort, elle n’a pas de dégout car pas d’odeurs, et le coup de main de mettre en machine est pas réellement compliqué ! Ainsi, elle est à l’aise avec ses règles et son corps… et sa sexualité (30% des femmes ont des problèmes de sexualité lié à leurs premières règles). La coupe est parfaite pour les activités nautiques, et pour une jeune je dirais que c’est sa seule utilité avec certaines pratiques sportives.
Que préférez-vous utiliser personnellement : les serviettes réutilisables ou la coupe menstruelle ?
Je préfère les PliM car c’est une solution externe et cela ne porte pas sur les parois du vagin en appuyant. Une étude américaine montrait que certaines femmes qui mettaient la coupe depuis plus de 10 ans ne la supportait plus parce qu’elle l’avait trop mise. En réalité c’est tout à fait logique.. c’est comme les lentilles de contact ou tout ce qui est à l’intérieur du corps il ne faut pas en abuser. Donc les coupes, c’est génial et parfait, mais à alternez avec les PliM la nuit, à la fin ou en début de cycle. Je répète pas de problèmes gynéco, ni allergies : avec les coupes, juste pas 24h sur 24. Personnellement, je n’utilise la coupe que lorsque je suis en canyoning… (pas tous les week-ends) et même en rando je prend les PliM, 3-4 suffisent et c’est lavé en rivière.
Que diriez-vous à celles qui hésitent encore à tester les serviettes lavables ou la coupe menstruelle ?
Commencez par une PliM (une PLUS) par exemple, c’est notre taille standard, elle permet pour la plupart des femmes de tenir une demi journée voire une journée entière en milieu/fin de cycle. Testez déjà pour voir si vous aimez. Si vous êtes une addicte des tampons alors passez à la coupe, mais prenez 1 ou 2 MAX pour vos nuits, pour qu’au moins pendant 8h vous laissiez tranquille votre vagin ! La plupart des accros aux tampons commence par la coupe et passent doucement aux PliM… et c’est très bien parce que de toutes façons, dans la vie d’une femme il faut avoir les 2 et faire comme bon nous semble. Si vous ne voulez vraiment que la coupe, c’est toujours mieux que les tampons ou serviettes, alors… il n’y a plus qu’à tester !
Dites-vous juste que vous n’êtes pas seule : 10 000 nouvelles clientes par an ce n’est pas rien !
Dans un prochain article, je vous parlerai de ma propre expérience et de comment je suis passée des serviettes lavables au flux instinctif en passant par la coupe menstruelle.
