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Mon travail de créatrice de contenus – mes sources de revenus et mon fonctionnement

Après avoir créé du contenu pour ce blog de manière « bénévole » pendant 3 ans, il m’a fallu me rendre à l’évidence : je ne pouvais plus soutenir le rythme et la qualité de mes publications tout en enseignant à temps plein. Deux options s’offraient alors à moi : soit j’arrêtais le blog, soit je réduisais mes heures d’enseignement et professionnalisais mon activité de blogueuse. J’ai finalement décidé de lancer ma micro-entreprise afin de pouvoir consacrer 40 % de mon temps de travail à la création de contenu engagé ici et sur mon compte Instagram : une décision que je vous ai annoncée en toute transparence en 2017, dans un article intitulé « Mon blog, mon travail ».

Si la rémunération du travail des blogueur·ses, youtubeur·ses et instagrameur·ses ne date pas d’hier, force est de constater que cela reste un sujet tabou, au mieux, ou mal perçu, au pire. Les critiques liées à la rémunération de notre travail sont nombreuses, mais finalement, je crois que nombre des inquiétudes de nos abonné·es sont liées à la méconnaissance du milieu de l’influence, de nos exigences personnelles en tant que créateur·ices de contenu engagé·es et de notre fonctionnement avec les entreprises qui nous rémunèrent (ou pas d’ailleurs !).

À travers cet article – qui est le reflet de ma propre expérience –, je vous propose donc de découvrir en quoi consiste mon travail de créatrice de contenu, comment je suis rémunérée, comment je sélectionne les entreprises avec lesquelles je travaille ainsi que l’équilibre vers lequel j’aspire afin d’être rémunérée suffisamment pour l’ensemble du travail fourni sans pour autant faire de mon blog/mon compte Instagram une vitrine publicitaire au service des marques ni mettre mes valeurs de côté.

Être créateurice de contenus, ça consiste en quoi ?

L’expression « créateurice de contenus » peut faire référence à une diversité de professions mais je l’emploie personnellement en référence à celleux qu’on appelle également des « influenceur·ses », soit celleux qui créent et partagent du contenu sur Internet (blog, YouTube, Instagram, etc.), à destination d’une audience plus ou moins importante qui s’étend, dans tous les cas, bien au-delà de notre cercle familial et amical !

Les profils de créateurices de contenus sont extrêmement variés – et on ne peut d’ailleurs pas toustes nous mettre dans le même panier – : on trouve aussi bien des passionné·es de fast fashion, que de voyages au bout du monde, de cosmétiques, de parentalité ou d’écologie, et on trouve aussi bien des millionnaires expatrié·es à Dubaï que des personnes qui peinent à toucher un SMIC sans pour autant négliger de payer leurs impôts…

Quels que soient notre spécialité, nos supports et mode d’expression privilégiés, nos motivations et nos valeurs, la création de contenu nécessite une diversité de compétences. Voici un tour d’horizons des tâches que j’effectue chaque semaine/mois :

Cette liste n’est certainement pas exhaustive et pourra bien entendu varier d’un créateur·rice de contenus à l’autre (surtout suivant ses supports et thématiques) mais je pense que c’est une base qui reflète ce que la plupart d’entre nous faisons dans le cadre de notre travail.

Il me semble également important de préciser que la création de contenu implique forcément des dépenses :

Si la création de contenu peut parfois donner l’impression qu’il s’agit « simplement » de partager un texte, une photo, une vidéo, je pense que peu de personnes réalisent tout ce que ces partages impliquent en amont, en matériel, en temps et en compétences. Alors avant de vous parler de mes sources de revenus, il me semblait important d’expliquer pourquoi il serait temps d’arrêter de dénigrer le travail des créateur·rices de contenus et d’exiger que notre contenu soit toujours fourni gratuitement…

Mes sources de revenus en tant que créatrice de contenus

Les revenus liés à mon travail de créatrice de contenus proviennent actuellement des 4 sources suivantes :

Tipeee : il s’agit d’une plateforme permettant à n’importe quel·le créateurice de contenu de récolter des dons des membres de sa communauté. Les personnes qui le souhaitent peuvent faire des dons uniques ou récurrents à partir d’un euro. Pour en savoir plus, je vous renvoie vers mon article à ce sujet.

Affiliation : l’affiliation s’établit entre une boutique en ligne et un·e créateurice de contenu, grâce à un lien tracké et/ou un code (promo) affilié. À chaque fois que vous effectuez un achat via ce lien ou ce code affilié, je touche un pourcentage de la vente (généralement de 8 à 10 %). Quand mes articles contiennent un ou plusieurs liens affiliés, je l’indique à la fin.

Sponsorisation : les publications sponsorisées s’effectuent dans le cadre d’un contrat entre une entreprise et un·e créateurice de contenus. L’entreprise rémunère le ou la créateurice de contenu pour chaque publication réalisée dans le cadre de ce partenariat – il peut s’agir d’un article, d’un post ou d’une story Instagram, d’une vidéo YouTube, etc. Le prix d’un article est généralement fixe et celui d’un post Insta ou d’une vidéo YouTube est calculé suivant le nombre d’abonné·es. Les publications sponsorisées doivent être légalement indiquées comme telles.

Droits d’autrice : enfin, depuis 2020 je touche les droits d’autrice de mon livre 21 éco-défis pour prendre soin de soi et de la planète, c’est à dire que pour chaque livre vendu, je perçois 6 % du prix hors taxe, soit 1,13 euro par livre (soit des miettes…).

Voici un aperçu de l’évolution de mes revenus suivant ces différentes sources au fil des 4 premières années de ma micro-entreprise :

 Dons (Tipeee)AffiliationSponsorisationDroits d’autrice
1re année (2017-18)70 %30 %
2e année (2018-19)66 %25 %10 %
3e année (2019-20)54,5 %20 %11 %14,5 %
4e année (2020-21)50 %15 %26,5 %8,5 %

Les dons, via Tipeee, ont toujours constitué l’essentiel de mes revenus, suivi de l’affiliation et de la sponsorisation les trois premières années et inversement la quatrième. Les droits d’autrice que je touche pour mon livre 21 éco-défis pour prendre soin de soi et de la planète ne risquent certainement pas d’augmenter puisque les ventes baissent graduellement depuis sa sortie.

Je précise par ailleurs que la diversification des sources de revenus ne garantit pas forcément leur augmentation. Dans mon cas, après une augmentation constante les trois premières années, mes revenus ont légèrement baissé au cours de la dernière. Et en 4 ans, je n’ai toujours pas atteint le seuil de revenus minimums mensuels/annuels que je m’étais fixée pour m’y retrouver financièrement. Il est certain que ma maternité, les difficultés qui s’en sont suivi puis la pandémie n’ont pas été favorables au développement de mon activité ces 2 dernières années.

Enfin, je précise que comme toute micro-entrepreneuse, je déclare tous ces revenus et paie donc des cotisations et des impôts chaque trimestre.

Publications sponsorisées

Sur les dizaines de demandes de publications sponsorisées que je reçois chaque année, seules quelques-unes sont en accord avec ma ligne éditoriale et mes valeurs et retiennent donc mon attention. Voici les critères que je prends en compte dans mon choix de client·es :

Les points non-négociables :

Les bonus :

Dans l’idéal, toute entreprise responsable devrait s’engager bien au-delà des points cités plus hauts, mais après des années à travailler et échanger avec des entrepreneur·ses soucieux·ses de leur impact, je suis consciente qu’il n’est pas toujours évident de lancer une entreprise parfaite en tout point dès le départ. En revanche, il est possible, à force de déconstruction et de remise en question et grâce à une volonté réelle de tendre vers un modèle entrepreneurial vertueux, d’améliorer les aspects suivants au fil du temps :

Enfin, je précise que parfois, même quand une entreprise répond à tous ces critères il m’arrive de décliner sa proposition de partenariat, soit par manque d’inspiration, soit parce que l’entreprise propose des produits qui ressemblent à beaucoup d’autres déjà très présents sur le marché « green », et sans aucune valeur ajoutée. Si j’étais prête à vous présenter une nouvelle marque de gourde en inox, de cosmétiques véganes ou de produits ménagers écolo chaque mois, nul doute que mon compte en banque serait mieux garni !

Lorsque reçois une proposition de partenariat rémunéré qui m’intéresse, voici comment je procède :

Je fais généralement relire mes publications sponsorisées par mes client·es avant publication afin de m’assurer de la justesse du contenu. Étant rémunérée pour cette prestation, il me semble important que mes client·es puissent vérifier certains détails concernant leur entreprise et son histoire ainsi que leurs produits en amont. Cela ne veut pas dire qu’ils ont un droit de regard sur mon contenu – je reste toujours entièrement libre de mes propos et ne me retiens pas d’émettre des critiques – mais cela me rassure personnellement de ne pas avoir à attendre que mon article soit en ligne pour savoir si des erreurs se sont glissées entre les lignes (cela arrive notamment quand j’inclus dans mon article des informations non mises à jour, tirées du site internet ou du kit média de l’entreprise).

Pour ce qui est de la fréquence de publications sponsorisées, je me suis fixé les limites suivantes :

Compte tenu du peu de propositions intéressantes que je reçois, je n’ai jamais atteint ce seuil maximum. C’est pourquoi je me laisse également la liberté de le dépasser les mois où il m’arriverait de recevoir davantage d’opportunités, afin de rééquilibrer mes revenus sur le trimestre/l’année (ce qui n’est encore jamais arrivé non plus). Dans tous les cas, je veille à limiter le nombre de contenus sponsorisés sur l’année, non seulement parce que je ne souhaite pas faire de mon blog une vitrine publicitaire, mais aussi parce que je ne cherche pas à gagner plus d’argent que nécessaire et que je ne suis de toute façon pas suffisamment disponible pour enchaîner les partenariats – une collaboration me demande généralement plus de temps qu’un article rédigé de manière indépendante.

Tests produits

En dehors des produits reçus dans le cadre de partenariats rémunérés, il m’arrive également d’accepter d’en recevoir pour simple test, sans qu’un contrat soit établi entre l’entreprise et moi. Dans ce cas, je précise toujours les points suivants à l’entreprise, avant de recevoir tout produit de sa part :

Qu’il s’agisse d’un partenariat rémunéré ou non, il me semble important de tester les produits reçus suffisamment longtemps pour pouvoir me faire un avis sur leur qualité, leur efficacité et/ou leur durabilité et les présenter avec justesse. C’est pourquoi vous ne me verrez jamais parler d’un cosmétique, d’une paire de chaussures ou d’un T-shirt à peine quelques jours après les avoir reçus… Car à partir du moment où l’on mentionne quelque chose sur notre blog ou nos réseaux sociaux, je crois que l’on suscite forcément l’intérêt de nos abonné·es pour une marque/un produit ; il me semble donc important de m’être assurée de leur qualité avant d’en parler. C’est d’ailleurs là tout l’avantage des blogs et des réseaux sociaux qui, contrairement aux pages publicitaires des grands médias, permettent de promouvoir des marques, des produits et des services testés et approuvés (ou pas d’ailleurs) et sur lesquels on peut partager notre avis en toute sincérité.

Je fais toutefois des exceptions lorsque je reçois des produits de marques que je connais déjà et qui ne m’ont jamais déçue. Par exemple, au cours de l’été, j’ai montré la Spoony de Gaspajoe en story – j’ai acheté et j’utilise plusieurs de leurs produits en inox depuis des années donc je sais combien leurs matériaux sont qualitatifs et leurs produits bien conçus. De même, j’ai réalisé une publication sponsorisée pour MOODZ qui m’a envoyé deux de ses nouvelles culottes menstruelles au début de l’été et que j’ai testées sur un seul cycle avant d’en parler sur Instagram. Utilisant d’autres de leurs culottes menstruelles depuis plus d’un an, j’avais déjà mis la qualité de leurs tissus et de leur système d’absorption à l’épreuve.

Dans tous les cas, vous l’aurez compris : si je parle d’un produit, que ce soit dans le cadre d’un partenariat rémunéré ou pas, c’est que je l’ai réellement testé et approuvé ou bien que d’autres produits (sensiblement similaires dans leurs matériaux, fabrication, etc.) de la même marque m’ont déjà apporté entièrement satisfaction par le passé.

L’affiliation

L’affiliation est un système de « rémunération » que je n’aime pas vraiment et ce pour les raisons suivantes :

Malgré tous ces inconvénients, vous trouverez à ce jour 11 partenariats affiliés sur ma page de liens et codes affiliés (je ne compte pas les codes promos qui ne me rapportent rien). Mes revenus issus de Tipeee, de la sponsorisation et de mes droits d’autrice ne m’ayant jusqu’à ce jour pas encore permis de m’y retrouver financièrement, je ne peux pas me permettre de mettre une croix sur l’affiliation. Mises bout à bout, les commissions gagnées via l’affiliation me rapportent plusieurs centaines d’euros par an, ce qui n’est, in fine, pas du tout négligeable.

Afin de contourner les désagréments liés à l’affiliation, voici comment je fonctionne personnellement :

Pourquoi j’ai mis fin à certains partenariats ?

Il m’est déjà arrivé de mettre fin à certains partenariats (affiliation jusqu’à présent) pour cause de désaccord avec le fonctionnement de l’entreprise et/ou l’évolution (ou la non-évolution) de ses engagements. Cela représente une perte financière non négligeable mais à partir du moment où je me sens en décalage avec un·e partenaire, il n’y a pas de compromis possible. Les raisons pour lesquelles j’ai mis fin à quelques partenariats jusque-là sont assez diverses : traitements différenciés entre créateur·rices de contenus (les un·es sont payé·es et pas les autres), féminisme washing, payements retardés ou jamais effectués, emails qui restent sans réponses, promesses qui ne sont pas tenues, etc.

Lorsque je mets en place un partenariat, je reste donc aussi vigilante que possible car tout le monde n’évolue pas forcément dans la « bonne » direction et ce même parmi les entrepreneur·ses dit·es « responsables ». Je suis donc les entreprises avec lesquelles je collabore de près, je suis attentive à leurs discours, à leur positionnement face à certaines problématiques et à leurs relations avec d’autres créateurices de contenus. Depuis quelques années, un réseau d’échanges et de soutien s’est d’ailleurs tissé entre « influenceur·ses green », ce qui est très précieux pour éviter les partenariats « foireux » ou en sortir.

Le mot de la fin – engagement et argent

À travers cet article, j’espère avoir répondu à certaines de vos interrogations sur le métier de créateurice de contenus et sur la manière dont mes priorités et mes valeurs me guident dans ce travail. On reproche régulièrement aux créateurices de contenus engagées de « faire de la pub » et en même temps, sur les dizaines de milliers de personnes qui consomment notre contenu gratuitement chaque mois, rares sont celles qui souhaitent ou peuvent nous rémunérer directement. Or, comme toute personne vivant dans la société actuelle, nous avons besoin d’argent pour payer notre logement, nos courses, nos factures, etc. et la création de contenus qualitatifs et réguliers demande plusieurs heures de travail par semaine. Personnellement, je ne peux pas consacrer 2 journées par semaine à tout ce qui entoure le travail de création de contenus sans compensation financière, afin de répondre à mes besoins actuels et futurs. Néanmoins, comme j’en ai déjà parlé dans l’article « Travailler moins, gagner moins et vivre mieux« , je ne suis pas du tout dans une optique d’accumulation et je cherche simplement à compenser (dans une moindre mesure) les 40 % de salaire fixe auxquels j’ai renoncé dans le but de me dégager du temps pour le blog.

Les créateurices de contenus engagées sont par ailleurs critiqué·es parce qu’iels gagnent de l’argent via une activité au travers de laquelle iels prônent généralement des valeurs anti-capitalistes, anti-patriarcales, etc. Je me demande souvent qui sont ces personnes qui nous jettent la pierre ? Comment gagnent-elles leur argent ? Dans quel compte en banque le conservent-elles ? À quelles entreprises le reversent-elles ? Leur travail est-il 100 % en adéquation avec leurs valeurs ? Mon travail de créatrice de contenu est ce qu’il est : un moyen de gagner de l’argent pour répondre à mes besoins dans une société capitaliste ou tout ou presque se monnaie. À défaut d’avoir trouvé le travail idéal dans un monde qui ne l’est pas, j’ai pris le parti de mettre mes valeurs au centre de ce que je fais et partage ici. C’est l’avantage de ce statut qui m’offre la liberté de choisir avec soin les sujets que je traite, les angles par lesquels je les aborde et les entreprises auxquelles j’apporte de la visibilité. En toute conscience. Et sans mauvaise conscience.

Pour aller plus loin :

Cet article a-t-il répondu à certaines de vos interrogations ? Avez-vous d’autres questions sur mon travail de créatrice de contenus ?
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