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Idées d’actions collectives pour un monde plus durable

Cet article est une adaptation de l’introduction et du dernier chapitre de mon livre 21 éco-défis.

J’ai trop longtemps considéré que trier mes déchets, transporter mes courses dans des sacs en tissu, veiller à éteindre les lumières en quittant une pièce et à fermer le robinet en me brossant les dents ou encore me déplacer en transports en commun faisaient de moi une citoyenne « écolo » accomplie. À la même époque, j’appliquais plusieurs fois par jour sur ma peau des produits cosmétiques composés d’ingrédients toxiques, je consommais quotidiennement des produits animaux, j’utilisais chaque semaine des produits ménagers polluants, je jetais d’innombrables emballages en plastique chaque mois, j’achetais de nouveaux vêtements à chaque nouvelle saison ou presque et je prenais l’avion au moins une fois par an… Ce n’est qu’à l’approche de la trentaine que j’ai pris conscience que mon mode de vie était loin d’être écolo.

À cette période-là, au début des années 2010, j’étais professeure dans un lycée international ayant pour mission de sensibiliser ses élèves à la paix et au développement durable. Chaque semaine, leur emploi du temps était ponctué de conférences, d’ateliers ou d’animations axés autour des différents enjeux sociaux et environnementaux du XXIe siècle. On pourrait penser qu’après deux années dans un tel contexte, nos élèves deviendraient des modèles d’éco-citoyenneté. En réalité, nombre d’entre elleux continuaient, par exemple, de gaspiller de la nourriture, de s’opposer à l’augmentation du nombre de repas végétariens à la cantine, de faire l’impasse sur le tri des déchets et d’accumuler des produits superflus. J’ai fini par me rendre compte qu’en insistant uniquement sur les failles systémiques sociétales, notre programme éducatif n’amenait pas nos élèves à prendre conscience de leur propre rôle dans ce système. Persuadé·es que seule l’ascension de quelques personnes engagées dans la sphère politique mènerait à des changements sociétaux importants et durables, iels ne ressentaient pas le besoin de remettre en question leurs propres choix et comportements ni de s’engager véritablement. Or, de toute évidence, nous n’obtiendrons pas grand-chose du gouvernement et des quelques politicien·nes engagé·es qui le composent sans pression civile : seule notre capacité à nous unir pour faire des choix éclairés et sensés au quotidien, soutenir des initiatives durables et mettre l’État sous pression pourra influencer positivement leurs décisions politiques. Comme le dit très justement l’ingénieur et essayiste Philippe Bihouix, « l’histoire montre que les décisions politiques suivent et rattrapent les évolutions et les revendications de la société civile, et non qu’elle les précède et les anticipe »[1].

Les conséquences du capitalisme suprémaciste, patriarcale et colonial

Il ne fait pour moi aucun doute : notre engagement personnel ainsi que nos actions individuelles et collectives sont indispensables à l’émergence de changements systémiques à l’échelle planétaire. En premier lieu, cela implique une évolution des mentalités : prenons nos responsabilités, osons remettre en question nos repères, nos croyances et nos habitudes et sachons mettre nos envies individualistes de côté au profit des besoins de l’humanité dans son ensemble. Quand cela nous est possible[2], cet engagement devrait se traduire par des choix de consommation et de vie plus sains, éthiques et écologiques au quotidien, sans s’y limiter pour autant. En effet, nous devons aussi et surtout nous investir au-delà de notre sphère privée afin de faciliter la démocratisation et la normalisation d’alternatives durables pour toustes. Obligeons l’État à suivre notre mouvement et à implémenter les lois nécessaires à la transition socio-environnementale. Car l’urgence est incontestable. D’après le 6e rapport du groupe d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) publié en 2023[3], les activités humaines ont déjà contribué au réchauffement des températures de 1.1° C en comparaison aux niveaux préindustriels, un chiffre qui pourrait atteindre 3 à 4 ° C d’ici à 2100 si nous ne parvenons pas à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre. N’oublions pas que toute augmentation des températures au-delà de 1,5 ° C serait suffisante pour aggraver les conséquences du changement climatique dont nous pouvons d’ores et déjà observer les répercussions à travers le monde :

Favorisé par le capitalisme suprémaciste, patriarcal et colonial, le réchauffement climatique n’en est pas sa seule conséquence puisque cette idéologie a également entraîné l’institutionnalisation de hiérarchies sociales responsables de la violation des droits des humain·es, et en particulier des minorités, aux quatre coins de la planète. Le changement climatique est un symptôme parmi d’autres d’une société profondément raciste, classiste, validiste, sexiste, etc., dont les premières victimes sont justement les minorités, discriminées et/ou exploitées – au profit du capitalisme et de ses idéologies associées – en raison de leur genre, de leur sexualité, de leur religion, de leur âge, de leur ethnicité, de leur physique, etc. Tant que les minorités ne pourront jouir de tous leurs droits, les ressources planétaires continueront, elles aussi, d’être exploitées, détruites ou pillées. Une approche intersectionnelle est donc indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique.

Faire sa part… collectivement

Quand j’ai créé mon blog et les éco-défis en 2013, j’avais pour objectif d’éveiller les consciences sur ces problématiques tout en réduisant mon empreinte écologique. Au fil de mes challenges mensuels, j’ai appris une multitude de choses sur les pesticides, les perturbateurs endocriniens, les élevages intensifs, etc., et beaucoup évolué dans ma manière de vivre et consommer au quotidien, en adoptant des alternatives plus saines, éthiques et écologiques. À l’époque, j’étais naïvement persuadée que si chacun·e faisait sa part, dans sa vie privée, alors l’humanité entière pourrait aspirer à un avenir serein… Ce n’est que tardivement, entre autres grâce à la lecture du rapport Faire sa part ? Pouvoirs et responsabilités des individus, des entreprises et de l’état face à l’urgence climatique[4], que je n’ai véritablement compris que nous ne pouvions, à titre individuel, être tenu·es entièrement responsables des déséquilibres et injustices actuels. Sachant que seule une réduction de nos émissions de gaz à effet de serre de 80 % nous permettrait de respecter l’objectif de l’Accord de Paris[5]– visant à limiter le réchauffement climatique à moins de 2 ° C –, qu’un engagement individuel modéré permettrait de réduire seulement 20 % de ces émissions et que les 60 % restants dépendent des efforts des entreprises et de l’État, s’évertuer voire s’épuiser à devenir un·e parfait·e écolo sans chercher à faire basculer et à remodeler les institutions qui maintiennent l’ordre établi me semble peine perdue…

Même si un mode de vie durable, respectueux de notre environnement, des autres humain·es et des animaux, peut être un vrai moteur dans notre engagement militant et reste un pilier pour changer les mentalités, les rapports scientifiques sur le dérèglement climatique sont sans équivoque : seules des transformations systémiques d’envergures majeures rendront la Terre vivable pour toustes les humain·es à court, à moyen et long terme. Ainsi, au-delà de notre mode de vie personnel, c’est tout notre système socioéconomique, politique et culturel qui doit changer. Il est donc impératif que nous nous mobilisions au-delà de la sphère privée et que nous unissions notre motivation, notre énergie, nos connaissances, nos compétences et nos moyens afin de faire évoluer les mentalités, les normes et les institutions sociétales et œuvrer ainsi à la création de sociétés justes et durables pour toustes. Selon notre situation personnelle, nos centres d’intérêt, nos domaines d’expertises, nos disponibilités et nos moyens, chacun·e de nous a le pouvoir d’essaimer son engagement au-delà du domaine personnel et d’influencer les entreprises et les États, principaux responsables du dérèglement climatique en cours.

Dans la suite de cette article, je vous propose une liste – non-exhaustive – d’actions que l’on peut entreprendre afin de collaborer à l’effort collectif de lutte contre les injustices socioenvironnementales.  

INFLUENCER NOTRE CONTEXTE LOCAL ET SOCIAL

INFLUENCER LE MONDE DE L’ENTREPRENARIAT

INFLUENCER LA SPHÈRE POLITIQUE

La plupart de ces actions nécessitent des ressources que nous n’avons pas toujours – temps, énergie, argent, etc., – mais certaines beaucoup moins que d’autres. À chacun·e de décider ce qu’iel se sent capable de faire, suivant ses limites et ses possibilités et de ralentir ou d’intensifier son engagement suivant l’évolution de sa situation personnelle. L’essentiel, me semble-t-il, est de se défaire de l’idée selon laquelle la réduction de notre empreinte carbone personnelle serait suffisante… Malgré le sentiment de satisfaction apportés par nos actions individuelles et l’effet positif considérable de certaines d’entre elles, n’oublions pas que tant que le capitalisme suprémaciste, patriarcal et colonial continuera de régner, les minorités ne pourront jouir de tous leurs droits et la planète continuera de s’essouffler… au détriment de nos libertés à toustes.

Pour aller plus loin :


[1] Philippe Bihouix, L’avenir sera Low-Tech, Socialter, Hors-série n°6, Mai-Juin 2019

[2] Suivant notre situation personnelle, sociale, économique et géographique. Chacun·e fait comme iel peut. L’essentiel est de faire de SON mieux :-).

[3] https://www.ipcc.ch/assessment-report/ar6/

[4] http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2019/06/Publication-Carbone-4-Faire-sa-part-pouvoir-responsabilite-climat.pdf

[5] https://unfccc.int/fr/process-and-meetings/the-paris-agreement/l-accord-de-paris#

[6] Inutile évidemment de se lancer dans des discussions avec des personnes qu’on sait agressives et bornées ou de vous mettre en danger.

À quel type d’actions collectives avez-vous déjà pris part ? Avez-vous d’autres idées à ajouter à cette liste ?
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