Site icon Échos verts

[HUMEUR] La galère des systèmes de garde d’enfants à Freiburg, Allemagne

Je suis épuisée et en colère.

En Allemagne, à l’âge de 3 ans, les enfants quittent la crèche/la nounou (payant) pour rentrer au jardin d’enfants (payant) où iels restent jusqu’à leurs 6 ans, avant d’intégrer l’école primaire (gratuite). Après de multiples candidatures, envoyées des mois à l’avance, nous n’avons pu obtenir de place dans l’un des jardins d’enfant de notre choix. La ville étant obligée de nous attribuer une place, nous en avons eu une dans un endroit qui, lors de notre visite, ne nous a pas donné bonne impression du tout… Pour mon plus grand soulagement, nous avons obtenu une place à la maternelle Franco-Allemande de Freiburg (à 3 km de chez nous et à 6 km de notre travail) mais uniquement à temps partiel, soit de 8h00 à 14h00. Nous avons donc dû trouver une solution de garde pour l’après-midi et, par chance, la seule nounou qui récupérait des enfants de cette école a retenu notre candidature.

En septembre dernier, notre enfant a donc quitté le confort de sa crèche pour aller à l’école le matin et chez la nounou l’après-midi. Très vite, j’ai senti que quelque chose n’allait pas et après 2 arrêts maladie en l’espace de 2 mois, la nounou a fini par mettre fin à tous ses contrats, pour des raisons de santé. Du jour au lendemain, nous nous sommes donc retrouvé·es sans système de garde pour notre enfant à partir de 14h, 5 après-midis par semaine… Cela fait un mois que ça dure. Et je suis épuisée. Et en colère.

À Freiburg, les systèmes de garde sont saturés et manquent cruellement de personnel [1]. COVID ou pas, il arrive fréquemment que des crèches ou des jardins d’enfants ferment sans crier gare, une à plusieurs journées par semaine, pour cause de manque de personnel [2]. Quant aux nounous, rares sont celles qui acceptent de garder des enfants de plus de 3 ans et aucune, à part celles que nous avions embauchée, ne fait des sorties de jardins d’enfants – cela ne fait pas du tout partie de la culture locale. Par ailleurs, dans une ville où les logements sont eux aussi saturés (à peine 0,4 % de logements vacants c’est à dire zéro puisqu’avant même qu’ils soient mis sur le marché, ils sont déjà loués), les nounous qui souhaitent s’installer en tant que telles peinent à trouver des logements répondant aux critères qui leurs sont imposés et des propriétaires disposé·es à louer leur bien à des assistantes maternelles.

Depuis un mois, nous devons trouver chaque jour une nouvelle solution pour récupérer et garder notre enfant de bientôt 4 ans l’après-midi. Nous nous relayons avec d’autres parents affecté·es par le départ de cette même nounou et, tour à tour, nous gardons les enfants des un·es et des autres, sur notre temps de travail. Suivant le nombre, nous les amenons au parc ou à la bibliothèque dans le quartier de l’école ou bien nous les ramenons chez nous à vélo. Les autres jours, nous demandons l’aide de voisin·es, d’ami·es et de collègues. Faute de mieux, il nous arrive également d’emmener notre enfant au travail – elle se retrouve donc en classe avec moi ou dans le bureau de son papa pendant qu’il remplit ses diverses tâches… Des conditions de travail loin d’être idéales pour nous et des après-midis loin d’être épanouissantes pour notre enfant de 4 ans à qui l’on doit demander de s’occuper seule et en silence dans un coin (spoiler alert : elle ne peut pas passer plus d’un quart d’heure ainsi).

Nos trajets quotidiens étaient déjà longs avant (12 à 18km par jour à vélo) mais ont considérablement augmenté depuis que nous n’avons plus de nounou puisque nous devons fréquemment aller récupérer notre enfant plus loin qu’avant ou bien faire un aller-retour durant notre pause déjeuner. Ces jours-là, on parcourt jusqu’à 25 km à vélo… Heureusement que nous avons pu investir dans un modèle électrique à la rentrée !

Je suis épuisée parce que certains jours, je dois m’occuper de mon enfant et éventuellement de celleux d’autres familles sur mon temps de travail, ce qui m’oblige à rattraper ce que je n’ai pu faire en journée tôt le matin, tard le soir ou le week-end. Je suis épuisée parce que cette situation m’angoisse et que cette angoisse me cause des insomnies. Je suis épuisée parce que je cours encore plus que d’habitude.

Je suis en colère parce que je vis dans une région d’Allemagne très arriérée vis à vis de la parentalité et où rien n’est fait pour faciliter le retour des mères au travail après la naissance de leurs enfants. Au-delà d’être insuffisant en nombre et en capacité, les systèmes de garde sont onéreux et leurs horaires d’ouverture extrêmement restreintes, obligeant ainsi des parents, le plus souvent les femmes dans les couples hétérosexuels, à travailler à temps partiel ou à ne plus travailler du tout… C’est bien simple, dans mon entourage, je ne connais aucune maman qui travaille à temps plein [3]. En revanche, des pères, j’en connais un paquet !

Il nous reste encore deux semaines à tenir à ce rythme avant les vacances mais qu’en sera-t-il après ? Nous parviendrons certainement à trouver des baby-sitters [4] pour nous aider quelques après-midis ici et là et espérons que nous pourrons toujours compter sur d’autres parents, nos ami·es, voisin·es et collègues certains jours. Mais ne pas avoir de solution de garde stable des mois durant est une situation tout simplement intenable. C’est une charge mentale considérable au quotidien puisque chaque jour nous nous demandons qui gardera notre enfant demain, et la semaine prochaine, et la suivante. Et c’est sans parler des efforts d’adaptation que nous demandons à notre enfant de 3 ans et demi au quotidien…

Je suis épuisée et en colère.

J’aimerais vivre dans une région où :

En attendant, je suis épuisée et en colère !


[1] Je parle ici de Freiburg car c’est la seule ville allemande dont je connais bien les problématiques grâce à ma propre expérience ainsi que celles des parents et professionnel·les de la petite enfance que je côtoie. Je sais qu’on retrouve ces mêmes problématiques ailleurs en Allemagne mais aussi que dans certaines régions, les politiques de garde sont bien plus évoluées, accessibles et inclusives.

[2] Chaque semaine ou presque un·e parent de mon entourage se retrouve à devoir garder son/ses enfants à cause d’une fermeture imprévue de crèche/jardin d’enfants.

[3] En fait j’en connais seulement une, française également, qui s’apprête à quitter l’Allemagne justement à cause des soucis de garde pour son enfant…

[4] Des annonces de baby-sitters, il y en a à la pelle. Encore faut-il trouver une personne fiable et de confiance disponible suivant nos besoins.

Avez-vous connu des difficultés pour faire garder votre/vos enfants ? Au contraire, vivez-vous dans un endroit où les systèmes de garde pour les jeunes enfants sont suffisants et accessibles ?
Quitter la version mobile