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Éco-entreprenariat : Shelter, créateurs de lunettes en bois

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Après vous avoir partagé l’expérience de Camille, qui a créé Lulu- graine d’un monde, puis celle de Sabrina, fondatrice de KUFU, je continue ma série d’article sur l’éco-entreprenariat en vous présentant le parcours de Julien, François, Florent et Emeline, qui ont lancé Shelter, une marque de lunettes de soleil en bois fabriquées en France.

Alors que la plupart des lunettes de soleil actuellement sur le marché ont une monture en plastique ou en métal, le quatuor a imaginé des modèles en bois, un matériau plus écologique puisqu’il est biodégradable et peut provenir de forêts gérées de manière responsable. Outre le choix de matériaux nobles et durables, il était important pour les créateurs de Shelter de valoriser le savoir-faire local en faisant appel à des artisans de leur région. Aujourd’hui, Emeline nous en dit un peu plus sur le developement de Shelter et les réflexions de son équipe, afin de parvenir à la création de produits reflétant leurs valeurs.

Comment vous est venue l’idée de créer Shelter et sur quelles valeurs est fondée votre entreprise ?

L’idée de créer Shelter nous est venue il y a trois ans à la terrasse d’un café. A cette période, nous  ressentions le besoin de donner du sens à notre quotidien, à notre vie.

C’est alors qu’a germé l’idée folle de recycler des bûches de chauffage pour en faire des lunettes de soleil en bois. Avec deux ébénistes au sein du groupe, les premiers cours de ponçage étaient plutôt folklo. Et puis, on a lancé une campagne de financement participatif qui a super bien fonctionné. Ce fût le carburant de l’aventure et depuis le leitmotiv de Shelter est de mettre en lumière les savoir-faire des artisans lunetiers français tout en proposant aux clients un produit local à prix accessible.

Ce qui nous a motivé dans l’aventure Shelter c’était la possibilité de donner du sens à nos journées et à nos actions et d’adhérer à un projet d’entreprise qui soit en accord avec nos valeurs. Nous avons tout de suite ressenti le besoin de nous engager dans une démarche d’éco-responsabilité. Le made in France est un point crucial de notre approche mais le travail de matériau noble et la mise en avant de savoir faire artisanaux le sont également. Aujourd’hui, beaucoup de marques reviennent à une fabrication plus raisonnée mais il y a trois ans nous avons ressenti le besoin d’être transparents sur notre fabrication française. Le pari était de pouvoir offrir des produits de qualité à un prix juste pour le client mais également pour les fabricants.

Développer une éco-entreprise, signifie aussi à mon sens travailler sur l’instauration de relations saines, agréables et durables entre co-fondateurs.rices, employé.e.s et/ou fournisseurs. Quels sont vos conseils pour y parvenir ?

Je ne te cache pas que ce n’était pas facile de trouver sa place au début. Nous avons tous des caractères bien trempés et il était difficile de se dire je lâche la partie communication pour me concentrer sur la commercialisation et je fais confiance à mon collaborateur. Il était important d’apprendre à nous connaître et puis les rôles ce sont mis en place naturellement. Chacun à su apporter ses forces dans tel ou tel domaine. Nous avons la chance d’être complémentaires et aujourd’hui les tâches opérationnelles sont bien définies : Julien et François, les ébénistes, s’occupent de la partie fabrication, Florent s’occupe de la partie web et communication et pour ma part je suis plus sur la partie commerciale et gestion. Après, nous restons une start-up avec un management bien particulier. Les grandes orientations se font en commun et on s’épaule très souvent au quotidien. Les rôles sont très flexibles, on peut compter les uns sur les autres même si parfois cela reste encore compliqué de se mettre d’accord sur une vision commune- je pense que c’est le défi de tout associé. On réajuste en permanence nos méthodes grâces aux fruits de notre expérience sur le terrain, notre connaissance du marché et surtout l’expérience humaine que l’on acquiert.

Quant aux relations avec les autres, effectivement notre concept est de respecter les cycles de production de chaque personne pour créer un objet qualitatif et non quantitatif. Ce n’est pas toujours facile dans ce monde qui tourne à 1000 à l’heure où les gens veulent tout et tout de suite. Pour parvenir à garder ses valeurs, il faut aller à la rencontre du public, les retours positifs des clients sont encourageants pour continuer sur la bonne voie. C’est également une histoire de rencontres,  il ne faut pas hésiter à discuter avec des artisans passionnés cela permet de garder l’envie de défendre des valeurs et de développer des projets qui nous tiennent à coeur.

Quelles sont les différentes étapes de la fabrication de vos lunettes et en quoi ce processus ainsi que les matériaux choisis sont-ils durables et écologiques ?

L’ensemble du process de fabrication est réalisé en France entre Annecy et le Jura.

Les essences de bois sont collectées localement auprès d’un réseau de scieurs de la région. Au départ de l’aventure, on travaillait avec des bois « mort » que l’on collectait localement pour les recycler en montures. Mais l’état des bois n’était pas optimal et altérait la qualité des montures. Nous avons donc décidé de nous rapprocher d’un scieur très réputé- Marotte– qui transforme depuis 1947 des bois provenant de sources durables. Nous utilisons principalement des essences de bois indigènes, c’est à dire qui poussent sur le territoire français : chêne, érable, noyer, merisier. Chaque bois de nos lunettes provient de forêts éco-gérées. Pour un arbre coupé, trois ou quatre sont replantés. En parallèle de notre stock, il nous arrive de récupérer au gré des rencontres un poirier dans le jardin d’une cliente de la région, des chutes d’ébène dans le grenier d’un ébéniste parti en retraite ou encore de recycler des fûts de chêne centenaire d’un vigneron de Touraine pour créer des éditions limitées.

Les montures sont usinées dans le Jura puis poncées à la main et huilées dans notre atelier à Annecy. Nos verres solaires proviennent d’un des derniers artisan verrier du Jura- Dalloz– dont les verres sont innovants et protecteurs. L’huile que nous utilisions pour la finition est éco-certifiée, à base d’agrumes, elle protège le bois tout en gardant un aspect très naturel.

Comme beaucoup de produits éthiques et écologiques, il faut un budget conséquent pour s’offrir une paire de lunettes de soleil Shelter. Pourquoi vos prix sont-ils plus élevés que la moyenne ? Quelle est la répartition du coût sur une paire de lunettes ?

Lorsqu’on a lancé Shelter nous voulions créer un produit made in France à prix juste. Aujourd’hui, on se rend compte que ce n’est pas toujours facile de rogner sur notre marge pour avoir un prix attractif comparé à d’autres lunettes fabriquées bien loin d’ici et vendues aussi chères que les nôtres.

Il nous faut plus de 60 étapes de fabrication pour créer une lunette et nous faisons en sorte de limiter les pertes dans un soucis de responsabilité environnementale. En France, nous avons un coût de fabrication 8 fois plus élevé que si nous produisons en Asie. Aujourd’hui beaucoup de termes sont employés à tort et à travers : bio, éco-responsable, made in France, fait main. Le consommateur a envie de croire en ses valeurs mais pourtant il se rendra compte que derrière ses mots se cachent d’autres réalités : le fait main à 10000km, l’éco-responsable qui vient d’Asie par avion ou encore le respectueux de l’environnement qui utilise des vernis et solvants hautement polluants pour la planète etc…

Aujourd’hui, je ne te cache pas que nous avons du grignoter sur notre marge pour offrir un produit à un prix juste. Une lunette en bois de fabrication lointaine dirons-nous, offrira des prix un tout petit peu inférieurs à nous avec une marge bien plus importante. Une lunette de fabrication asiatique coûte aujourd’hui 3 fois moins cher qu’une lunette fabriquée dans le Jura. En effet, la main d’oeuvre française est plus chère et nous n’avons pas encore atteint un volume de lunettes qui nous permettrait de faire des économies d’échelle. Pour te donner une idée nous avons aujourd’hui : 50% des coûts liés à la fabrication, 20% de TVA, 10% de logistique, 10% de Gestion, 6% de frais de port et nous avons un tout petit budget comm & events 4%.

Tout est alors une question de point de vue. De notre côté nous souhaitons participer à la nouvelle impulsion portée par de belles marques et de jeunes créateurs, désireux de redonner du sens au made in France en toute transparence.

Depuis la création de votre entreprise, quel est le plus gros défi que vous ayez eu à relever et quel fut l’un de vos meilleurs moments ?

Le plus gros défi est de réussir à lisser un process de fabrication en France et surtout de gagner convenablement notre vie pour continuer de pouvoir créer des produits qui nous ressemblent, qui répondent à des interrogations fondamentales dans notre façon de consommer. Nos meilleurs moments, les petites victoires que nous célébrons en équipe, l’ouverture d’un nouveau point de vente qui croit en nos produits, l’obtention d’une aide pour prospecter à l’étranger, une interview dans la presse, dans un blog 🙂 et surtout de voir des gens porter nos lunettes dans la rue, c’est la plus belle des récompenses.

Retrouvez Shelter sur leur site et leur page Facebook

Que vous inspire l’expérience des créateurs de Shelter ?

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