Voilà maintenant environ 3 ans que j’ai commencé à questionner et à changer mes habitudes afin de vivre de manière aussi respectueuse que possible de l’environnement. À cette époque, j’étais encore loin de me douter de l’ampleur des changements qui m’attendaient, des barrières qu’il me faudrait surmonter, des défis personnels qu’il me faudrait relever. Ce dont je me doutais encore moins, c’est qu’en apprenant à prendre soin de l’environnement, j’apprendrais aussi à prendre soin de moi, à être plus douce, bienveillante et attentive envers moi-même et envers mon corps en particulier.
En voulant réduire mes déchets et bannir les produits toxiques de mon quotidien, j’ai d’abord commencé par faire le tour de ma salle de bains. Mon intention était de remplacer tous les produits que j’utilisais par des alternatives écologiques, biologiques, naturelles, locales, sans produits toxiques ni emballages ou bien vendu dans des contenants réutilisables, recyclables et sans plastique. Au fil de mes recherches, j’ai réalisé que trouver autant de produits qui répondraient à mes critères serait compliqué. Alors plutôt que de chercher à tout remplacer, j’ai commencé par réevaluer mes besoins.
C’est alors que j’ai pris conscience que beaucoup des produits que j’utilisais ne répondaient pas à des besoins hygiéniques ou physiques, mais à des normes, croyances ou habitudes socio-culturelles. Il m’a alors fallu admettre que fondamentalement, je n’avais pas besoin de me maquiller, de m’épiler, de laver chaque partie de mon corps avec un savon différent et d’y appliquer diverses crèmes pour prendre soin de moi. Bien au contraire, j’ai petit à petit réalisé que l’usage de ces produits variés ne m’apportait qu’un semblant de bien-être, au mieux, ou abîmaient ma peau et mes cheveux, au pire.
J’ai donc vidé ma salle de bains et décidé d’adopter une routine de soin et d’hygiène aussi écologique, saine et minimaliste que possible. J’ai également petit à petit commencé à questionner nombre de mes habitudes et la manière dont elles influençaient mon bien-être physique, le rapport que j’entretenais avec mon corps et tous ses processus naturels.
J’ai remplacé gel douche, savon pour le visage et savon pour les mains par un seul et même pain de savon naturel et biologique. Par la même occasion, j’ai commencé à questionner le simple fait de se laver et bien que cela me semble nécessaire, pour des raisons évidentes, j’ai réalisé que mon corps n’avait en soi pas besoin d’être récuré de fond en comble tous les jours ! Alors qu’avant se doucher quotidiennement me semblait aussi vital que de manger matin, midi et soir, je me lave à présent quand j’en ressens le besoin, soit un jour sur deux en moyenne, parfois plus, parfois moins, en fonction de mes activités, du lieu et des saisons. Depuis, ma peau se porte mieux de manière générale, ce qui fait que j’utilise moins de soins.
J’ai opté pour un lavage des cheveux encore moins fréquent, sans shampooing, ni après-shampooing, avec des mélanges simples ou des produits bruts et le plus souvent avec de l’eau seulement. J’ai appris à connaître mon cheveu au naturel, à l’aimer tel quel, sans chercher à ce qu’il soit plus ceci ou moins cela. J’ai aussi appris à voir le sebum comme un précieux allié naturel pour nourrir mon cheveu plutôt qu’une substance sale à évacuer dès qu’elle apparaît. Avant, je ressentais le besoin de laver mes cheveux dès que la première once de sebum apparaissait ou qu’ils perdaient un peu de volume. Maintenant, je lave mon cuir chevelu et mes cheveux quand ils me semblent sales ou trop gras, soit environ tous les 10 jours. Je ne sais pas si mes cheveux sont plus beaux qu’avant ; ce qui est certain c’est qu’ils poussent sans difficulté et qu’ils fourchent beaucoup moins rapidement donc je les coupe bien moins souvent.
Du côté des soins, je me suis tournée vers les huiles et les beurres végétaux ainsi que les huiles essentielles pour apaiser mes différents soucis cutanés et j’ai appris à observer ma peau afin d’adapter mes soins au fil du temps. Ainsi, j’ai beaucoup moins d’imperfections et quand elles apparaissent, je ne cherche plus à les cacher. Au contraire, je les observe puis j’écoute mon corps et mon esprit plus attentivement car je sais qu’elles sont le reflet d’un problème ou d’un déséquilibre interne. J’ai ainsi arrêté de me sentir gênée de ne pas avoir une peau lisse, d’avoir un bouton par-ci, une marque par-là… et je perçois maintenant ces imperfections comme un signal d’alarme qui retentit pour m’aider à y voir plus clair et à aller mieux.
J’ai arrêté de me maquiller et pris l’habitude de montrer mon visage au naturel sans me sentir nue ou vulnérable. Ne plus avoir à me soucier de me maquiller, de me démaquiller, de m’assurer que ça ne coule pas et pouvoir sortir telle que je suis quel que soit le lieu ou l’occasion sans me poser de questions a été libérateur. J’apprécie le fait de ne pas ressentir le besoin de cacher quoi que ce soit ni de mettre en valeur quoi que ce soit. Cela ne veut pas dire que je me trouve belle et parfaite ainsi, ni moche ou imparfaite d’ailleurs, mais simplement que je ne me pose plus de questions à ce sujet car de toutes façons, mon visage est ce qu’il est et moins j’en fais, plus il me semble familier…
J’ai aussi arrêté de m’épiler certaines parties du corps, réduit la fréquence d’épilation des autres et opté pour des méthodes plus douces pour ma peau, moins douloureuses aussi. Dans l’idéal, j’aimerais ne plus ressentir le besoin de m’épiler et vivre dans une société où les femmes poilues ne sont pas mal vues : une alternative que je n’aurais jamais considérée auparavant, si je n’avais pas fait l’effort de réduire mon impact environnemental et de remettre en question mes habitudes. Aujourd’hui, même si je continue de m’épiler en partie, je ne vois plus mes poils comme une anomalie, mais au contraire, je sais qu’ils sont là pour de bonnes raisons !
J’ai également appris à porter un autre regard sur mes menstruations. Ce sang parfois tabou, parfois synonyme d’impureté, parfois accusé de sentir mauvais n’a pourtant rien de mal en soi… et gérer cette période du mois où il s’écoule ne devrait selon moi pas être rendu plus désagréable que ça ne l’est déjà pour certaines. En voulant chercher à accueillir mes règles de manière aussi saine et écologique que possible, j’ai d’abord commencé par virer les serviettes et tampons jetables et je les ai remplacés par la coupe menstruelle. Mais voilà, au bout d’un an pourtant sans inconfort ni désagrément, l’idée de boucher cette partie de mon corps avec un morceau de silicone plusieurs jours et nuit d’affilée a commencé à me poser problème. Cela ne me semblait pas naturel… c’est pourquoi, insatisfaite du confort de mes serviettes lavables, j’ai fini par adopter la méthode du flux instinctif, grâce auquel j’accueille à présent mes règles en pleine conscience. Comme tant d’autres processus naturels de mon corps, j’ai appris à ne plus les voir comme une contrainte, mais comme un rendez-vous mensuel avec une part de mon féminin.
De fil en aiguille, dans ma quête de minimalisme, je me suis aussi retrouvée à questionner l’usage de tous ces objets que l’on utilise machinalement au quotidien sans savoir vraiment à quoi ça sert. C’est ainsi que je me suis penchée sur la question du soutien-gorge. C’est en découvrant que certaines personnes y avaient renoncé et n’y avaient vu aucun inconvénient (au contraire), que j’ai eu envie de me défaire à mon tour de ces bretelles qui glissaient ou qui laissaient des marques et de ces bonnets qui étouffaient mes seins ! Je me suis soudainement sentie libérée, respirer. Même s’il m’arrive parfois d’en porter- car j’ai encore du mal à accepter le regard que l’on peut porter sur l’absence de soutien-gorge lorsque celle-ci est flagrante- je ne ressens plus le besoin de « protéger » ou « soutenir » ma poitrine avec un soutien-gorge mais je considère que je suis libre de faire ce qui me semble le plus confortable.
Enfin, on en vient au plus gros changement dans mes habitudes : j’ai très vite réalisé que ce que je mettais dans mon corps pouvait être aussi néfaste pour mon bien-être et celui de la planète que ce que je mettais sur mon corps. C’est ainsi que j’ai revu ma manière de m’alimenter en bannissant les additifs alimentaires et les animaux de mon assiette, en éliminant les produits d’animaux de ma cuisine, en privilégiant les aliments bio, locaux, de saison… Bien que mon corps et ma conscience m’aient déjà envoyé des signes de rejet par rapport à certains de ces aliments par le passé, je n’y avais jamais prêté attention car j’étais loin de me douter que des aliments qu’un grand nombre d’humains consomme à travers le monde sans se poser de questions pouvaient poser autant de problèmes. À présent je mange en pleine conscience, en m’intéressant à la provenance de mes aliments, à leur impact sur ma santé, l’environnement, les animaux et les personnes impliquées dans leur production. En outre, alors qu’avant je mangeais « parce qu’il faut manger 3 repas par jour » et pour caler ma faim, aujourd’hui je mange pour me nourrir, dans le respect de ce dont mon corps a besoin et de ce qui lui fait réellement du bien.
Voilà comment, petit à petit, en voulant prendre soin de mon environnement j’ai aussi appris à prendre soin de mon corps de manière plus attentive et respectueuse. En étant plus à l’écoute de mon corps et plus bienveillante envers cette enveloppe qui me porte et me protège au quotidien, j’ai le sentiment de prendre naturellement soin de la vie qui m’entoure aussi…
