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Plaidoyer pour les animaux de Matthieu Ricard

Enfin !

Enfin, un ouvrage sur la cause animale qui ne parle pas que de souffrance animale mais aussi de l’intelligence et de la sensibilité des animaux.

Enfin un ouvrage qui ne parle pas que de l’irresponsabilité et de la cruauté de certains êtres humains mais aussi de notre devoir moral et de notre pouvoir réparateur.

Enfin un ouvrage qui ne parle pas que de viande, d’oeufs et de lait, mais de toutes les espèces animales victimes de souffrances causées par l’Homme.

Enfin un ouvrage qui ne se contente pas de nous donner des chiffres et des exemples mais qui nous met face à l’image que ces faits renvoient de l’Homme.

Enfin un ouvrage qui ne fait pas seulement appel à nos émotions, mais aussi et surtout à notre raison.

En s’appuyant sur les travaux, expériences, théories et arguments d’évolutionnistes, d’éthologues, de philosophes et de scientifiques, en nous donnant des exemples banals ou singuliers du passé et de l’actualité, et en nous parlant de raison et de moralité, Matthieu Ricard nous offre avec Plaidoyer pour les animaux, le livre le plus complet, le plus perspicace et le plus prégnant qu’il m’ait été donné de lire sur la cause animale

Voici un aperçu des sujets traités au fil des 12 chapitres de cet admirable ouvrage.

Dans ce premier chapitre, Matthieu Ricard nous emmène à travers le temps et le monde pour mieux comprendre l’évolution de la relation entre les Hommes et les animaux dans différents contextes. J’ai trouvé ces premières pages fort intéressantes puisqu’elles permettent de réaliser que l’exploitation dévastatrice des animaux par l’Homme telle qu’on la connaît n’a pas toujours existé et n’est d’ailleurs pas tolérée dans certains contextes légaux et/ou socio-culturels.

J’ai mis très longtemps à savoir les conditions de souffrances épouvantables dans lesquelles vivent et/ou sont tués la majorité des animaux exploités pour leur chair, leur peau, leurs différents atours et talents. À la découverte de ces horreurs, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’exceptions et de problèmes lointains alors que ce n’est guère le cas… Si de nombreuses personnes ignorent encore ces problématiques aujourd’hui ou dénient leur ampleur et leur gravité, c’est notamment parce que tout est fait pour nous cacher la vérité. Matthieu Ricard explique comment, en fermant la porte des élevages et des abattoirs au public, aux associations de protection animale et aux journalistes, en utilisant un langage plein d’euphémismes pour décrire le traitement des animaux ou encore en nous inondant de publicités mensongères, les industries responsables de ces atrocités continuent de faire croire que les animaux exploités par les êtres humains sont choyés leur vie durant avant de mourir paisiblement au milieu d’un champs de verdure…

On reproche souvent aux personnes qui défendent la cause animale d’être des “hypersensibles” ou bien au contraire, d’être insensibles aux “vrais” problèmes du monde… Pourtant, les motivations qui animent les défenseurs de la cause animale sont multiples : motivations écologiques, humanitaires, éthiques et/ou sanitaires… Car, comme expliqué par Matthieu Ricard, lorsqu’on choisit un régime alimentaire et/ou un mode de vie limitant l’exploitation des animaux, on améliore en même temps le sort de la planète, la vie de millions d’êtres humains et notre propre santé.

Comme dans de nombreux autres ouvrages consacrés spécifiquement à l’impact éthique et écologique de la consommation de viande, Matthieu Ricard nous dévoile dans ce chapitre l’effroyable réalité qui se trouve derrière tous types d’élevages et de pêches, que ce soit dans le monde du bio ou pas. À l’appui de chiffres et de descriptions, il démontre l’impact écologique et les implications éthiques de la consommation d’animaux et de produits d’animaux issus de l’élevage industriel.

Si vous aussi vous fait des choix permettant de ne plus être complices de la souffrance d’animaux, vous avez certainement entendu ces excuses venant de personnes critiquant ou ne comprenant pas vos décisions… Matthieu Ricard les reprend une à une, et nous montre, à l’appui d’arguments aussi simples que sensés, la faiblesse et l’incohérence de ces excuses.

À travers de nombreux exemples étonnants et fascinants, Matthieu Ricard nous montre que les animaux, contrairement à ce que certains peuvent croire, ne sont pas des êtres vivants pour qui chaque geste est instinctif. Bien au contraire, c’est au fil du temps et des expériences, à force d’observation et d’apprentissage, qu’ils acquièrent des réflexes, des compétences et des comportements leur permettant de se nourrir, de communiquer, de jouer, de se déplacer etc. et de s’adapter à différents contextes et situations. En effet, on a observé chez plusieurs espèces le développement de cultures animales.

Beaucoup de défenseurs des droits des animaux comparent le traitement qui est infligé aux animaux exploités et tués par l’Homme à des génocides. Bien que cette analogie puisse choquer certains et qu’il y ait bien évidemment des différences intrinsèques au cas des animaux et à celui des humains, Matthieu Ricard démontre qu’il existe des similarités dans ces deux types de tueries de masse. En effet, autant dans la pratique que sur le plan éthique, les zoocides sont aussi révoltants et ignominieux que les génocides.

En faisant le point sur les différents éléments qui rentrent en jeu lorsque nous faisons face à un choix éthique (émotions parfois viscérales, raisonnements sur les tenants et les aboutissants, normes sociales, religieuses et philosophiques) ainsi que sur les différentes formes d’éthique (déontologique, conséquentialiste, éthique fondée sur la vertu), Matthieu Ricard nous montre la complexité de la moralité chez les êtres humains. Pour lui, qui reprend les mots de Gary Francione, nous souffrons d’une véritable “schizophrénie morale” quant il s’agit de notre relation aux animaux.

Alors que l’on parle de plus en plus des conditions dans lesquelles est élevée et tuée la majorité des animaux qui finissent dans nos assiettes, qu’en est-il de ceux qui naissent, vivent et/ou meurent dans les laboratoires, au nom de la Science et du progrès ? Ce chapitre lève le voile sur les expérimentations les plus aberrantes et superflues pour lesquelles certains chercheurs maltraitent les animaux. Il attire également notre attention sur les risques liés aux tests sur les animaux pour la santé des humains ainsi que sur les alternatives fiables qui existent pour faire avancer les recherches médicales sans nuire à la vie d’autrui.

Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui soutient le trafic de la faune sauvage… Et pourtant, les faits décrits et les chiffres donnés par Matthieu Ricard montrent que c’est un trafic d’une ampleur incommensurable. Au nom de différentes médecines traditionnelles, pour l’amour des produits de luxe, par simple superstition ou afin de répondre à la demande du marché des Nouveaux Animaux de Compagnie, des centaines de millions d’animaux sont arrachés à leur milieu naturel, mutilés, exploités ou abattus chaque année dans des conditions de souffrances inimaginables.

À travers ce chapitre qui est le plus long du livre, Matthieu Ricard nous montre jusqu’à quel point les êtres humains sont prêts à faire souffrir les animaux, pour répondre à leurs grands et petits plaisirs. Au fil de ces 46 pages, il nous présente les différents contextes dans lesquels les animaux sont utilisés, maltraités, isolés, enfermés, confinés, dans le seul but de nous divertir et pour nos loisirs– zoos, cirques, parcs d’attractions, corrida, chasse et pêche d’agréement, chasse à courre etc. Il s’attarde longuement sur la corrida en reprenant et questionnant méthodiquement quelques uns des 50 points avancés par le philosophe Francis Wolff pour justifier l’existence de cette attraction.

Pour terminer, Matthieu Ricard se penche sur la question des droits des animaux ainsi que sur la notion de moralité et son application. Comme il l’explique, il ne s’agit pas de donner les mêmes droits aux animaux qu’aux êtres humains. Il s’agit néanmoins de reconnaître que les animaux sont des êtres sensibles, et que, quelle que soit leur espèce, ils ont des besoins essentiels à leur bien-être et ils ne sont pas immunisés contre la souffrance. Il s’agit aussi et surtout de reconnaître qu’en tant qu’êtres humains doués de raison et du pouvoir de protéger ceux qui sont plus vulnérables que nous, il est de notre devoir de faire preuve de moralité et d’user de notre position pour préserver, plutôt que détruire la vie.

Cet ouvrage est vraiment bien documenté et nous permet d’en apprendre plus sur les différents contextes dans lesquels sont exploités les animaux, tout en nous incitant à questionner notre propre manière de raisonner et d’appliquer nos valeurs. Bien que très complet, je regrette que Matthieu Ricard n’expose pas la question des élevages d’animaux domestiques et de l’industrie textile. J’aurais également aimé avoir son point de vue sur les élevages de petite échelle ainsi que sur la consommation de viande dans les contextes où la nourriture locale est privilégiée ou quand c’est la seule source de protéines disponible.

Cela dit, Matthieu Ricard aborde en profondeur grand nombre de sujets délaissés ailleurs et son essai reste à mes yeux le plus complet et le meilleur (que j’ai lu) au sujet de la cause animale, le seul qui mettent intelligemment en avant “l’incohérence qui existe entre nos pensées, nos sentiments profonds et nos comportements(p.300).

Ce n’est pas seulement un Plaidoyer pour les animaux mais aussi et surtout un Plaidoyer pour un monde plus humain.

C’est un livre à offrir à quiconque dit rêver d’un monde en paix et d’un monde meilleur… ils/elles y trouveront quelques pistes pour savoir par où commencer…

Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur, je vous conseille l’article de Pauline du blog Un invincible été.

Si ce livre vous intéresse, pourquoi ne pas suggérer à votre bibliothèque de quartier de l’ajouter à sa collection ? Si vous souhaitez l’acheter, je vous invite à le réserver auprès de la librairie la plus proche de chez vous et si vous n’avez vraiment d’autre choix que de passer par internet, vous pouvez le commander via le site de la librairie française Décitre (lien affilié*). Pour en savoir plus sur les liens affiliés, RDV sur cette page.
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