Comme je l’ai expliqué ici, je n’ai pas d’affinité particulière avec les animaux domestiques et je n’en ai jamais eu chez moi… enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : quand j’avais environ 4 ans, ma maman est revenue un jour avec une perruche qu’on lui avait donné il me semble. J’ai seulement eu le temps de la nommer car quelques heures à peine après son arrivée parmi nous, j’ai ouvert sa cage qui se trouvait sur le balcon à ce moment-là et Zita s’est envolée… Ce geste-là dénotait-il les prémices de mon malaise face aux animaux en cage ou bien était-ce juste une belle bêtise ? Je n’en sais rien ! En tous cas, je me souviens avoir été triste et m’être inquiétée de ce que cette perruche deviendrait, si elle trouverait à manger et si elle survivrait dans la jungle urbaine grenobloise…
Car une fois domestiqué, un animal a besoin de l’homme, il devient dépendant de nous et nous devenons responsables de son bien-être. Élever et avoir des animaux domestiques, comme en a déjà témoigné Clémentine, soulève inévitablement un grand nombre de questions lorsqu’on s’intéresse à l’éthique et au bien-être animal…
J’ai donc souhaité posé quelques questions à Nina, éleveuse d’oiseaux et de rongeurs dans le Perche depuis un an et demi.
Qu’est-ce qui t’a motivé à travailler dans un élevage d’oiseaux et de rongeurs ?
En fait, je suis arrivée là un peu par hasard. J’ai fait des études dans un domaine complètement différent mais je me suis assez vite rendue compte que rester derrière un bureau toute la journée ce n’était pas pour moi ! Alors j’ai réfléchi à ce que je voulais vraiment faire de ma vie et travailler avec les animaux m’est apparu comme une évidence. J’ai commencé par faire des stages en parc zoologique et c’est là que j’ai vraiment appris à connaitre les oiseaux, les différentes espèces et leurs caractères. Ensuite, j’ai cherché un emploi dans ce domaine et j’ai répondu à une annonce pour travailler au sein d’un élevage de grandes perruches et perroquets. Et ma candidature a été acceptée ! Pendant un peu plus d’un an, je me suis concentrée sur la reproduction des oiseaux et depuis peu, nous avons commencé un élevage de rongeurs dont je m’occupe avec un collègue.
Aujourd’hui, mon travail me plaît vraiment. Comme dans tous les métiers, il y a des moments moins faciles que d’autres, et c’est parfois très physique. Ça peut être des choses toutes bêtes comme un client insatisfait qui se plaint ou une montagne de gamelles à nettoyer, mais je crois que ce qui est le plus dur à gérer c’est la mort. Malheureusement, mes collègues et moi y sommes confrontés régulièrement et ça nous touche toujours. C’est toujours difficile de voir mourir un animal dont on s’est occupé, qu’on connait depuis sa naissance. C’est rageant parfois quand, malgré tous les soins et les traitments on n’arrive pas à soigner un animal malade. C’est frustrant quand on ne comprend pas la cause du décès et qu’on cherche pour essayer de se souvenir de quelque chose qui aurait pu nous alarmer. C’est déconcertant quand une mère cesse de s’occuper de ses petits sans raison apparente. Heureusement, cela n’arrive pas si souvent.
Néanmoins, les avantages compensent largement les inconvénients. Mes journées ne se ressemblent pas, il y a toujours des choses à faire et j’apprends à longueur de journée. Une grande partie de mon travail consiste à observer les animaux et à étudier leurs conditions de vie pour qu’ils soient le mieux possible. Chaque espèce est très différente et nous devons faire en sorte que ces particularités soient respectées, c’est réellement passionnant ! Et puis, je passe une partie de ma journée à câliner des lapins et des cochons d’Inde, c’est plutôt sympa !
Y a-t-il des différences entre les oiseaux et les rongeurs que l’on pourrait croiser dans la nature et ceux que l’on retrouve en tant qu’animaux domestiques ?
Physiquement, pas vraiment. Les animaux ne changent pas parce qu’ils sont domestiqués. À part pour les couleurs de pelage ou de plumes. À l’état sauvage, il n’en existe que peu, alors que les animaux domestiques sont beaucoup plus variés. À l’élevage, nous devons choisir nos reproducteurs pour que les petits plaisent au public qui va les acheter et malheureusement, les couleurs dites « sauvages » – celles qu’on retrouve le plus dans la nature – ne sont pas très appréciées…. Personnellement, j’aime beaucoup les rats agoutis – brun-gris, la couleur du rat sauvage-, mais souvent les clients ont une réaction de rejet, même si le rat en question est très gentil. Une autre différence majeure est la fragilité. Les oiseaux et rongeurs domestiques sont beaucoup plus sujets aux maladies que leurs cousins sauvages à cause des croisements et des sélections génétiques. La consanguinité est un problème important et je fais tout pour l’éviter au sein de mon élevage pour avoir des animaux en meilleure santé possible.
À mon sens, la différence majeure entre animal sauvage et animal domestique est le caractère et la psychologie. Un animal domestique est, le plus souvent, incapable de survivre s’il se retrouve dans la nature. Surtout, un animal domestiqué a besoin de la présence de l’Homme. Certains perroquets peuvent aller jusqu’à se laisser mourir s’ils se sentent délaissés.
Finalement, l’être humain s’est retrouvé, pour son propre plaisir, à élever des espèces animales devenues complètement dépendantes de lui. Quel est ton ressenti par rapport à cela ?
Par rapport à la dépendance de ces animaux, je pense que cela nous donne, à nous humains, une énorme responsabilité. Ce sont nous qui avons créé ces animaux, qui les avons sélectionnés et modelés pour qu’ils correspondent à nos attentes en terme de physique et de comportement et aujourd’hui, nous sommes responsables d’eux. Je ne connais pas les motivations qu’ont eues les premiers Hommes à domestiquer oiseaux ou rongeurs. Je pense qu’ils appréciaient certaines caractéristiques de ces animaux sauvages (chant et couleurs pour les oiseaux, par exemple) et qu’ils ont voulu les garder près d’eux. Quoi qu’il en soit, ces animaux existent à cause de nous et c’est à nous de leur assurer les meilleures conditions de vie possibles. Cela implique aussi de savoir renoncer à adopter un animal si on ne peut pas s’en occuper correctement.
D’après toi, quel est l’intérêt d’avoir des animaux domestiques tels que les oiseaux ou les rongeurs chez soi ?
Ce sont de merveilleux compagnons ! Les oiseaux peuvent réellement apporter de la vie dans une maison avec leurs couleurs et leur chant. Et ils sont très intelligents et peuvent devenir incroyablement familiers.
Certaines espèces de grandes perruches comme la calopsitte ou le kakariki sont aussi affectueuses qu’un chien ou un chat.
Les rongeurs représentent un bon compromis pour les personnes voulant des animaux de compagnie mais qui vivent en appartement ou qui travaillent beaucoup. Ils représentent moins de contraintes : quand un chien doit être sorti deux fois par jour, une cage de hamster a besoin d’être nettoyée moins souvent.
D’un point de vue éthique, que penses-tu du fait d’avoir des animaux en cage ?
Je me suis souvent posée cette question. Est-ce que les animaux que j’élève et que je vends sont vraiment heureux ? Et puis, je les regarde et je trouve qu’ils ont l’air plutôt bien!
Tout dépend de ce qu’on appelle cage. Mettre un Ara dans une toute petite cage où il peut à peine se tourner avec juste une gamelle d’eau et des graines, je suis contre ! Le même Ara dans une grande volière ouverte sur l’extérieur avec perchoirs en bois, eau, graines, fruits, des cordes et des jouets (en bois non peints, de préférence) avec en plus des heures de « sortie » où son propriétaire jouera avec lui, là oui ! Si en plus, il a un copain de son espèce pour lui tenir compagnie, il aura tout pour être heureux et épanoui.
Le mot « cage » est connoté très négativement, mais il faut plus voir la cage comme la maison de l’animal, l’endroit où il mange et où il dort. Un peu comme pour nous, les humains. Les rats que j’ai chez moi aiment sortir de leur cage pour se promener, jouer, ou se faire câliner. Mais ils aiment aussi y rentrer pour retrouver leurs petites habitudes, leur hamac et leur cabane.
D’ailleurs, quand ils sont de sortie et ont peur de quelque chose (camion qui passe, gros bruit), ils se réfugient dans leur cage car ils s’y sentent en sécurité.
Je ne crois pas que mes rats ou le Ara de mon exemple seraient plus heureux si on les relâchait dans la nature. Ils seraient perdus, ne sauraient pas comment réagir face aux dangers, auraient du mal à se nourrir et finalement mourraient car ils ont perdus une grande partie de leur instinct et de leurs comportements sauvages.
Je parle évidemment des animaux d’élevage ! Un oiseau, un rongeur ou n’importe quel animal né dans la nature doit y rester !
Avoir un animal domestique est une véritable responsabilité : quels conseils pourrais-tu partager avec ceux qui ont ou aimeraient avoir des oiseaux ou des rongeurs ?
- Avant toute chose, renseignez-vous. N’adoptez jamais un animal sur un coup de coeur. Informez vous sur l’espèce, sur son mode de vie, ses besoins, son alimentation. Par exemple, un rat doit absolument vivre en groupe, c’est indispensable à son équilibre tandis que le hamster est solitaire, si vous en mettez deux ensemble, ils se battront. Interrogez-vous sur la place que vous avez dans votre habitat et dans votre vie. Êtes-vous prêt à vous occuper de votre oiseau deux à trois heures par jour, tous les jours ? Êtes-vous prêt à ce que votre lapin ronge les pieds de votre table ? Êtes-vous prêt à accueillir une volière de 8m cubes dans votre salon ?
- Faites très attention à leur alimentation. Chaque espèce a des besoins bien spécifiques et les aliments du commerce ne sont pas toujours adaptés. Il y a aussi des aliments interdits, par exemple, jamais de chocolat, jamais de pomme de terre crue et pour les perroquets jamais d’avocat.
- Prévoyez une petite somme d’argent pour les frais vétérinaires. Les problèmes de santé ne sont pas rares et souvent l’addition monte vite.
- Ne le laissez pas seul dans son coin. Un animal domestique a besoin de la présence de l’Homme.
La liste pourrait être très longue, mais je crois que le principal, quand on adopte un animal, est de tout faire pour veiller à son bien-être. C’est un petit être vivant doté d’une sensibilité et d’une intelligence et il mérite qu’on s’occupe bien de lui.
Crédit photo : Nina
