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{Livre} Manifeste pour les animaux de Franz-Olivier Giesbert

Je n’ai pour le moment jamais rencontré quelqu’un qui dise n’aimer ou être insensible au bien-être d’aucun animal. Même parmi ceux qui ne s’intéressent pas du tout au monde animal, il y a toujours des espèces qu’ils trouvent fascinantes et d’autres qu’ils trouvent injuste de manger.

D’après mon expérience, il semblerait donc que la plupart des individus éprouvent de l’affection ou de la compassion envers les animaux… Mais nous n’éprouvons pas tous le même degré d’affection et de compassion, nous ne ressentons pas tous les mêmes sentiments envers tous les animaux et notre sensibilité à leur égard s’exprime de différentes manières.

Pour moi, il ne fait aucun doute que le contexte familial, social, géographique et culturel dans lequel nous évoluons influence notre rapport à différents animaux, notre degré de sensibilité et le comportement que l’on adopte envers différentes espèces.

Dans Manifeste pour les animaux, publié en octobre 2014, Franz-Olivier Giesbert a réuni le témoignage de 8 personnalités se considérant comme étant sensibles au bien-être animal et également perçues par d’autres comme de ferventes défenseuses de la cause animale. Néanmoins, leur manière de vivre cet engagement au quotidien est très différente et ces témoignages reflètent la diversité de points de vue qu’il existe sur la définition même du bien-être animal.

D’un témoignage à l’autre, je suis passée par toutes les émotions : alors que certains m’ont émue, d’autres m’ont donné une bouffée d’optimisme, ou, bien au contraire, m’ont découragée ou irritée… Ce livre illustre très justement les innombrables contradictions qui existent parmi chacun-e de nous qui sommes, à notre manière, sensibles au bien-être animal.

Sans aucun jugement ni l’once d’une tonalité moralisatrice, chaque témoignage nous ouvre sur une perspective et un raisonnement différents qui poussent à la réflexion quant au rapport qu’entretient l’Homme vis à vis des animaux.

Les 9 témoignages

Voici un aperçu des différents points de vue présentés dans cet ouvrage.

Franz-Olivier Giesbert

Franz-Olivier Giesbert commence par nous parler de son enfance dans la campagne normande où il a grandi entouré d’animaux qu’il a toujours considérés comme étant doués de raison et de sentiments. Il remarque néanmoins : “Nous n’étions jamais loin du cannibalisme quand nous tuions pour le manger un animal que l’on traitait comme un membre de la famille et qu’on affublait généralement d’un sobriquet” (p.14). Aujourd’hui il regrette qu’avec l’industrialisation l’animal soit totalement devenu “invisible” (p.13).

En parlant des omnivores, des végétariens et des végans, il dit être “alternativement les 3 mais jamais totalement non plus”. Il lui arrive de manger des sardines, des maqueraux, du poulet fermier, “toujours avec un certain malaise, voire un sentiment de culpabilité” pour ce dernier. Conscient des contradictions qui existent entre ses choix et ses pensées, il se décrit comme “un végétarien de tête et de raison et pas toujours de pratique” (p.41).

Michel Onfray

Michel Onfray est philosophe et son témoignage s’inspire d’un voyage au Congo. Au cours de ce périple durant lequel ses hôtes ont à coeur de lui faire découvrir les mets locaux, il prend conscience de l’absurdité du fait qu’on ressente un certain malaise/dégoût à l’idée de tuer/manger certains animaux alors qu’on en avale d’autres sans se poser de questions.

Boris Cyrulnik

Neuropsychiatre et écrivain, Boris Cyrulnik se penche ici sur l’évolution historique et socio-culturelle de la notion d’instinct et nous amène à réfléchir à l’influence du contexte culturel sur notre propre perception des animaux. Comme il dit, “Dites-moi ce que vous pensez des animaux, je vous dirai qui vous êtes.” (p.71)

Elisabeth de Fontenay

Elisabeth de Fontenay est l’auteur du Silence des bêtes qui traite de la relation entre la philosophie et l’animalité. Pour cette non-végétarienne qui a consacré sa vie aux animaux, les notions de spécisme et d’antispécisme sont “absurdes” et “contre-performantes” (p.74).

Jean-Didier Vincent

Neurobiologiste, Jean-Didier Vincent nous livre quelques exemples de certaines expérimentations animales les plus aberrantes de l’histoire et parle brièvement de l’évolution de la perception des animaux de laboratoire.

Isabelle Sorente

Auteure du roman 180 jours, Isabelle Sorente trouve que le meilleur moyen de comprendre la souffrance endurée par les porcs des élevages industriels est d’imaginer un être cher à leur place. Une partie de son témoignage est un récit qui commence ainsi “Ma mère n’a pas de nom, dans cette histoire, juste un numéro : 10.388. Aujourd’hui, elle va mourir.” (p.93). Puis on devine sans peine les souffrances dont sont victimes les cochons, depuis leur naissance jusqu’à leur mise à mort.

Frédéric Edelstein

Directeur et dompteur du cirque Pinder, Frédéric Edelstein considère le cirque comme étant un contexte privilégié pour nouer des liens entre les êtres humains et les autres espèces animales. D’après lui, “le cirque est l’un des derniers endroits de la planète placé sous le signe de l’amour des animaux” (p.105).

Anne-Marie Philipe

Comédienne et écrivaine, Anne-Marie Philippe nous livre un récit très émouvant de sa rencontre et de sa relation avec Danseur, son cheval, qui est entré dans sa vie en 1998.

Hugo Desnoyer

Boucher, Hugo Desnoyer considère que l’on peut respecter les animaux durant leur vie, leur abattage et même dans la préparation de leur viande.


Bien évidemment, je ne partage pas le point de vue de plusieurs des personnes ayant contribué à cet ouvrage et je trouve d’ailleurs le titre « Manifeste pour les animaux » peu approprié à cette collection de témoignages désunis… Cela ne m’a cependant pas empêché de trouver chaque point de vue enrichissant.

Je suis toujours partie du principe que pour vivre en harmonie avec autrui, il fallait d’abord commencer par chercher à comprendre l’origine des croyances, des convictions et des pensées des un-e-s et des autres. Nous ne sommes pas obligés de les partager pour les appréhender. Cela demande néanmoins un effort personnel considérable : il convient souvent de se détacher de son propre raisonnement pour mieux suivre celui des autres. À partir de là, on peut faire preuve d’une réelle ouverture d’esprit et ouvrir la porte à des dialogues bienveillants et constructifs, plutôt qu’à des débats hostiles et immuables.

J’ai donc beaucoup apprécié l’ouverture d’esprit dont fait preuve Franz-Olivier Giesbert en réunissant ces témoignages de personnes dont la sensibilité envers le bien-être animal s’exprime de manières complètement différentes. Si l’on souhaite amorcer des changements concrets et durables pour régler les problèmes éthiques et écologiques liés à l’exploitation des animaux, il me semble nécessaire de commencer par comprendre le raisonnement et les racines des croyances de ceux qui freinent ou s’opposent à ces changements.

Ce n’est pas parce qu’ils ne cherchent pas à comprendre nos choix et nos sentiments que nous ne pouvons pas faire preuve de bienveillance à leur égard…

Si la question du bien-être animal vous intéresse je vous invite à découvrir l’éco-défi du mois, Apprendre à connaître, respecter et protéger les animaux et à vous y inscrire.

 Avez-vous lu Manifeste pour les animaux  ? Que vous inspirent certains des témoignages présentés ici ?
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