Quelles que soient nos convictions, aussi altruistes et sensées soient-elles à nos yeux, elles seront toujours partagées par certains et critiquées par d’autres. Et tous ceux d’entre nous qui sommes convaincus qu’un monde meilleur est envisageable, que la sobriété heureuse est souhaitable, que notre mode de consommation est déplorable, qu’il faut bousculer nos habitudes et défier certaines normes pour vivre de manière plus saine, plus éthique et plus écologique, savons combien les avis et les réactions diffèrent face à nos convictions.
Depuis le lancement de mon blog et ma quête d’un mode de vie plus en harmonie avec mon environnement et mes valeurs, j’ai remarqué des comportements bien différents autour de moi. Certains sont plus bienveillants que d’autres, mais tous me permettent de pousser mes réflexions plus loin et contribuent à l’enrichissement de ce blog, à ma compréhension des barrières qui m’empêchent d’avancer et à ma découverte de nouvelles sources d’inspiration, de force et d’énergie qui m’aident à les surpasser.
Aujourd’hui, j’avais justement envie de partager avec vous ma perception de ces divers comportements qui vous sont certainement aussi familiers et vous raconter une anecdote en particulier:
Les indifférents : bien qu’informés de l’existence de mon blog et des problèmes environnementaux, ils ne s’y sont jamais intéressés et ne m’ont jamais posé de questions ni fait de remarques par rapport à ma passion du vert. Heureusement, on a plein d’autres intérêts en commun!
Les petits curieux : par réelle curiosité ou par simple politesse, ils ont pris le temps de regarder mon blog au moins une fois, certains d’entre eux ont lu quelques articles et s’intéressant à toutes ces questions… de loin. Je ne parle donc pas plus écologie avec les petits curieux qu’avec les indifférents.
Les grands attentionnés : en plus de s’intéresser à Echos verts et aux questions abordées de très près, ils prennent le temps de me faire part d’informations et de suggestions au sujet de projets ou d’alternatives pouvant m’intéresser. Cela me touche et m’encourage beaucoup!
Les embarrassés : conscients d’à peu près tout ce que je fais/je ne fais pas pour verdir mon quotidien, il arrive qu’ils se sentent gênés quand ils font l’opposé et ressentent parfois le besoin de s’excuser ou de se justifier, alors que je ne les ai ni regardé de travers, ni fait remarquer ou demandé quoi que ce soit…
Les juges mal-informés : ceux-là ne se gêneront pas pour me dire de manière politiquement correcte ou pas que ce que je fais ou j’envisage de faire est insensé, sans intérêt, extrême ou ridicule. Tant pis pour moi!
Les anti hors-normes : bien qu’ils reconnaissent certainement l’intérêt de mes démarches jusqu’à un certain degré, ils ne comprennent pas que je puisse (avoir envie d’) adopter certaines alternatives “dérangeantes” car en décalage avec les “normes” sociales. Cela m’ennuie terriblement de déranger les autres c’est certain; mais cela me serait encore plus profondément pénible d’aller à l’encontre de mes propres convictions…
Les accusateurs : ces derniers scrutent chacun de mes dires et gestes pour déceler les moindres “contradictions” et les cas dans lesquels mes choix ne sont pas parfaitement écologiques. Pourtant, je ne me souviens pas m’être présentée comme étant la Queen du Green, ni la Miss Ecolo, ni l’incarnation de la Vie en Vert.
Qui n’est point moralisateur…
J’ai donc la chance d’être entourée par une diversité d’esprits qui me rejoignent, me soutiennent, me questionnent, me critiquent… Pourtant, il faut savoir qu’à moins qu’on me pose des questions, je ne parle pas à tout va de mon blog, ni des changements que j’ai mis ou que j’aimerais mettre en place dans mon quotidien. En outre, quel que soit le point de vue de mon interlocuteur sur les questions et les alternatives écologiques, je n’ai jamais donné de leçon de morale à personne: menant moi-même une vie imparfaitement éthique, imparfaitement saine et imparfaitement écologique, je ne me permettrais pas de rabaisser ceux qui vivent et consomment différement. Alors avis aux intéressés: s’il y a une personne que je juge, c’est moi, et moi seule!
… n’est jamais à l’abri d’un jugement
Néanmoins, nombreux sont ceux qui se permettent de me juger au quotidien, pour différentes raisons… Certains de ces jugements donnent lieu à des débats houleux ou mettent tout simplement fin à l’envie de partager son point de vue ou ses idées avec quelques personnes. D’autres donnent aussi l’opportunité d’expliquer ses choix et son raisonnement à ceux qui ont une réelle volonté de mieux les comprendre pour mieux les accepter. Ceux-là sont des plus encourageants et des plus enrichissants.
Et j’aimerais justement vous raconter l’un de mes échanges avec un très gentil “accusateur” qui m’a obligé à regarder de plus près l’empreinte carbone de mon alimentation et, contre son gré, m’a complètement déculpabilisée du fait de manger des bananes…
Petite conversation avec un “accusateur”
J’ai la chance de travailler dans un lycée atypique: le genre d’établissement où l’on a entre 6 et 15 élèves par classe, où l’on s’appelle par le prénom, où l’on déjeune volontiers avec les élèves et nos conversations vont bien au delà des sujets scolaires.
Ainsi, lorsqu’on a abordé le thème de l’environnement dans l’un de mes cours de FLE où les élèves parlaient de leurs habitudes et astuces pour réduire leur empreinte écologique, c’est tout naturellement que je leur ai parlé de mon blog et de mes éco-défis. Ils sont donc tout à fait conscients de l’importance que j’accorde à la problématique environnementale autant dans ma vie personnelle que dans mon travail alors même une fois le chapitre “environnement” du programme terminé, on a continué d’en parler et certains suivent de près mes éco-défis… ainsi que le contenu de mon assiette!
En effet, alors que j’étais en train de manger à la cafétéria du lycée un midi, Danny, un élève de Terminale (qui m’a autorisé à utiliser son prénom et à partager cette histoire) me rejoint, non pour le plaisir de manger avec moi, mais pour celui de me faire réaliser que j’étais loin d’être l’écolo parfaite que je n’ai d’ailleurs jamais prétendu être. Il me met son Smartphone sous le nez et tout en pointant du doigt la carte Google qu’il tient à ce que je regarde de près, il jette un regard accusateur à la banane posée à côté de mon assiette et m’explique qu’elle a parcouru plus de 7000 km avant d’arriver jusqu’à moi… et il rajoute que, bien évidemment, ce n’est pas cohérent pour quelqu’un qui tient à préserver l’environnement!
L’empreinte carbone d’une banane
Il est vrai qu’avant de se retrouver dans le panier à fruit de notre lycée, cette banane aura parcouru quelques milliers de miles en bateau et aura causé l’émission d’environ 0,08kg de CO2, production et transport inclus. Il est vrai aussi que pour ces 0,08kg de CO2 par kilo, la banane nous apporte 140 calories, de la vitamine B6, du potassium et des fibres: que de bonnes choses et en quantité.
En comparaison, beaucoup des aliments consommés quotidiennement et surconsommés émettent bien plus de CO2 et sont bien moins bénéfiques pour la santé et l’environnement. De même, beaucoup des gestes superflus et habitudes superficielles ancrés dans notre quotidien contribuent davantage à notre empreinte écologique qu’à notre bien-être et à celui de la planète.
Ma réaction
Prise au dépourvu, le temps d’une seconde, je me suis sentie “coupable” parce que je sais depuis toujours que les bananes viennent de loin et qui dit loin dit transport et empreinte carbone plus élevée. Malgré tout, je mange des bananes parce que c’est le seul fruit qu’on trouve tout au long de l’année et que j’aime. Et que pour ma santé, je préfère manger un fruit qui vient de loin, plutôt que d’éviter l’émission de quelques kilos de CO2 en ne mangeant aucun fruit. Le mieux, bien évidemment, serait que je passe outre les goûts de mon palais et que je me force à consommer des fruits locaux et de saison. Je fais des efforts là où je peux. Mais là, je n’y arrive pas… encore.
Puis, passée la surprise de l’accusation culpabilisante, je me suis ressaisie et le sourire aux lèvres, j’ai déballé d’un trait la liste de tous les aliments que je ne consommais plus ou qu’en moindre quantité, de tous les gestes que je faisais et de toutes les habitudes que j’avais abandonnés et dont l’empreinte carbone aurait par le passé largement dépassé celle d’une banane venue tout droit de l’Equateur.
En effet, lui ai-je répondu, je mange des bananes, responsables de l’émission de 0,48g de CO2 par kilo, mais je ne mange pas de viande (1kg de viande de mouton = 39,2kg de CO2, 1kg de boeuf = 27kg de CO2), je ne mange pas de poissons ou de fruits de mer (1kg de saumon d’élevage = 11,9kg de CO2, 1kg de thon en boîte = 6,1kg de CO2), j’évite les produits laitiers (1kg de fromage = 13,5kg de CO2, 1kg de yaourt = 2,2kg de CO2, 1kg de lait= 1,9kg de CO2), j’ai banni les sacs plastiques et j’évite le plastique de manière générale (1kg de plastique = 6kg de CO2). (Source : Tree Hugger)
J’en ai aussi profité pour lui rappeler que je suis une adepte du no-poo, je ne me douche pas tous les jours et pas plus de 5 minutes, je n’utilise aucun maquillage, ma trousse de toilette ultra-minimaliste ne contient presque que des produits/accessoires naturels, biodégradables, réutilisables, zéro déchet, j’évite les emballages de manière générale, je privilégie le fait maison autant en cuisine que pour les produits d’hygiène et d’entretien, je recycle et je composte, je n’achète pas pas juste par “plaisir” mais avant tout par besoin et d’occasion quand c’est possible, j’éteins mon ordi 24h par semaine et quand il est allumé, je surfe avec modération, j’ai toujours travaillé à un endroit où je pouvais me rendre à pied, à vélo ou en transport en commun, et je m’apprête à déménager, entre autres, dans le souci de ne plus prendre l’avion pour rendre visite à ma famille chaque année…
Le sourire de Danny s’est dissipé au fur et à mesure que ma liste s’agrandissait et lorsque, à cours d’idées (et de souffle!), j’ai terminé en annonçant “Voilà pourquoi, je mangerai cette banane sans culpabiliser”, il m’a simplement répondu: “Ah, ok…”… et puis, on en a ri!
Non, je ne suis pas une éco-citoyenne modèle!
Bien évidemment, tout cela ne fait pas de moi une éco-citoyenne modèle et l’on ne pourra dénier le fait que la consommation d’aliments non-locaux a un impact sur l’environnement. Mais tout ce que l’on fait et consomme a un impact sur l’environnement. À moins de vivre nu dans un lieu où l’on ne se déplace qu’à pied, dort à l’ombre d’un palmier et se nourrit des aliments de notre propre récolte, notre empreinte carbone ne frisera jamais le chiffre zéro.
Il y a d’après moi plusieurs morales à cette histoire… mais comme je ne suis pas là pour vous faire la morale, à vous d’y trouver celle(s) que vous voudrez…
