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Organiser un atelier « salle de bains zéro déchet » dans un lycée – mon expérience

Dans le cadre de l’éco-défi “Semer des graines vertes autour de soi”, je me suis fixée plusieurs objectifs, notamment au travail. Je suis professeure dans un lycée international un peu hors normes à la base puisqu’il fait partie d’un organisme ayant pour mission d’inspirer les jeunes à créer un avenir plus pacifique et durable grâce à l’éducation. Nos 200 élèves de première et de terminale viennent de milieux socio-économiques et culturels très variés et de plus de 80 pays différents. Ils ont toutefois comme point commun l’envie de surpasser leurs différences pour réfléchir- ensemble- à leur rôle pour contribuer à un monde plus beau et plus juste aussi bien sur le plan social qu’environnemental. Pour cela, ils font le choix de quitter leur pays, leur famille, leur maison et leurs repères pour vivre et étudier ensemble pendant deux ans.

J’ai moi-même été élève dans l’un de ces lycées mais avec du recul, j’ai réalisé qu’en dehors de m’avoir aidée à comprendre les grands enjeux socio-culturels et environnementaux de notre époque, l’éducation que j’y avais reçue ne m’avait pas forcément donné les clés pour agir au quotidien. Depuis que je suis de retour dans cet organisme en tant que prof, d’abord au Canada et à présent en Allemagne, je m’efforce donc de partager avec mes élèves ce que j’aurais aimé savoir à leur âge pour passer à l’acte bien plus tôt dans mon cheminement vers un mode de vie plus sain, éthique et écologique.

Comme je vous en ai déjà fait part dans cet article, j’ai commencé par organiser un atelier sur le thème de la salle de bains zéro déchet. Ce n’est pas la première fois que je parle de zéro déchet au lycée- chaque année, nous dédions une journée à toutes sortes de présentations, activités et ateliers sur le thème de l’écologie et j’avais donc déjà proposé un atelier à ce sujet en 2015 et en 2016. Ces ateliers restaient toutefois assez généralistes et bien que les élèves repartaient avec des idées et une réelle motivation pour réduire leurs déchets dans la salle de bains, au niveau des fournitures scolaires et de l’alimentation, j’avais le sentiment d’aller trop vite et de survoler le sujet- difficile d’aller jusqu’au bout des choses quand on a à peine 1h30 devant soi !

L’une des membres de l’équipe pédagogique a mis en place un programme intitulé “Life Skills”. Il s’agit d’un rendez-vous mensuel pour lequel celles et ceux qui le souhaitent peuvent organiser un atelier axé autour du développement de compétences utiles au quotidien et je me suis dit que c’était pour moi l’occasion de proposer de nouveaux ateliers zéro déchet plus approfondis cette fois-ci. J’ai choisi de commencer par la salle de bains car il s’agit d’un domaine dans lequel les élèves dépensent leur argent de poche régulièrement et d’après mon expérience celui où il est assez simple de changer la plupart de ses habitudes. C’est aussi l’un des sujets qui me préoccupe le plus, étant donné l’impact écologique et sanitaire des cosmétiques et accessoires d’hygiène conventionnels.

Pour cet atelier, j’avais 2h devant moi et à ma plus grande joie, une quinzaine d’élèves enthousiastes et motivés ont répondu présent.e.s. Dans la suite de cet article, je partage avec vous un aperçu des sujets et questions que nous avons abordés à l’aide d’une petite présentation power point et de produits et accessoires zéro déchet que j’avais apportés. Vous êtes nombreuses à m’avoir demandé de partager cette expérience, alors j’espère que mon récit vous sera utile si vous voulez à votre tour initier ce genre d’atelier dans n’importe quel autre contexte et avec n’importe quel autre public !

Comme je l’avais fait pour mes présentations précédentes, j’avais affiché la citation suivante sur la première diapo de ma présentation :

« Humans are the only species on the planet that don’t live by zero waste principles. Zero waste is a ‘call to action’ that aims to bring an end to the current « take, make and waste » mentality of human society ».

Michael Jessen.

Les humains sont la seule espèce sur la planète qui ne vivent pas selon les principes du zéro déchet. Le zéro déchet est un appel à l’action qui a pour but de mettre fin à la mentalité actuelle de “Prendre, Faire et Gaspiller” de la société humaine.

Je trouve que cette citation est efficace pour « se mettre dans le bain » !

J’ai commencé l’atelier en expliquant aux élèves pourquoi j’avais choisi ce thème. Je leur ai donc parlé de ma quête de réduction des déchets de manière générale puis du fait que c’était un défi qui, d’après mon expérience, était plutôt simple à réaliser dans la salle de bains et qui pouvait faire une réelle différence pour notre bien-être, la planète et notre porte-monnaie ! Dans notre lycée, le thème de l’alimentation a donné lieu à de nombreux débats et conflits et j’avais donc envie de leur montrer que l’on pouvait aussi commencer par réduire son empreinte écologique en changeant le contenu de sa trousse de toilette- sujet beaucoup moins controverse d’après mon expérience !

Ensuite, je leur ai posé différentes questions afin de les amener à prendre conscience de la place des déchets dans leur quotidien :

Étant donné que nous sommes en Allemagne, nous avons un système de tri des déchets assez élaboré avec un contenant marron pour les résidus organiques, une poubelle verte pour le papier et le carton, un sac jaune pour tous les autres déchets recyclables en dehors du verre, un contenant noir pour le reste (ce qui n’est ni recyclable, ni biodégradable) et enfin des bennes à verre pour les bouteilles non-consignées. Même si certain.e.s élèves viennent de contrées où le principe-même de la poubelle n’est pas forcément intégré (parce que les déchets sont jetés à l’eau ou à la rue…), ils et elles sont tou.te.s contrain.te.s de s’habituer à ce système de tri dès leur arrivée sur le campus.

La deuxième question leur a permis de réaliser qu’ils et elles ont vite fait d’oublier leurs déchets après les avoir soigneusement triés… On a donc fait le point sur les destinations possibles des différents déchets que ce soit ici, dans leur ville ou leur pays : centre de tri, décharges à ciel ouvert contrôlées ou pas, incinérateurs, centre de transformation des déchets organiques, pays étrangers pour le recyclage de certains matériaux etc. C’est alors l’occasion de se poser la question suivante : quels sont les problèmes environnementaux, sanitaires et éthiques liés à ces différents moyens de gestions des déchets ?

J’étais agréablement surprise de voir que leurs cours de sciences environnementales ou de chimie leur avaient déjà donné plusieurs idées sur la question. Certains élèves se sont d’ailleurs lancés dans des explications assez complexes que j’avais du mal à suivre ! On a donc parlé de la contamination d’eau, des effets atmosphériques, des effets hydrologiques, du temps de décomposition, de transport, des ressources nécessaires au recyclage et de ses limites.

Après cette introduction généraliste au sujet des déchets, nous nous sommes concentré.e.s sur les déchets de la salle de bains. Pour démarrer, je leur ai demandé de faire la liste des déchets qui passaient de leur trousse de toilette au compost, au recyclage ou à la poubelle. Ceci leur a permis de réaliser que la majorité de leurs produits étaient emballés dans des contenants qui finiraient à la décharge- même ceux sensés être recyclables puisque le logo « recyclable » n’est pas une garantie que l’objet sera transformé une fois arrivé au centre de tri. Il se peut bien qu’il finisse à la décharge faute d’infrastructures pour donner une seconde vie à ce matériau-là ou à un objet de cette taille en particulier.

Après ça, nous nous sommes penchés sur la composition des cosmétiques car à quoi bon se soucier de l’impact de nos emballages si l’on continue de se tartiner de crèmes, gels et lotions néfastes pour notre santé et/ou l’environnement ? Pour cette étape de l’atelier, j’avais demandé aux élèves d’apporter deux produits d’hygiène qu’ils utilisaient régulièrement. Je leur ai demandé de déchiffrer la liste des ingrédients, ce qui leur a permis de réaliser qu’ils n’y comprenaient rien ! C’était également le bon moment pour parler du “Greenwashing” car comme je m’y attendais, certain.e.s avaient apporté des produits se vantant d’être “naturels” via des mots et des couleurs trompeurs alors qu’après avoir regardé la composition de près, il est apparu évident que la plupart de leurs ingrédients ne l’étaient pas. Ce fut également l’occasion de parler du bio et des labels.

Pour enchaîner, je leur ai présenté “the dirty dozen”, soit la liste des 12 ingrédients néfastes que l’on retrouve communément dans la majorité des cosmétiques conventionnels : BHT et BHT, colorants du goudron de houille, CYCLOMETHICONE et siloxane, DEA, MEA et TEA, Dibutyl Phthalate, Libérateurs du Formaldéhyde,  Parabènes, Parfum, PEG, Petrolatum, Sodium Laureth Sulfate (SLES) et Sodium Lauryl Sulfate (SLS), Triclosan. Je leur ai brièvement énoncé les risques sanitaires et écologiques liés à ces différentes substances en m’aidant de ce document de la Fondation David Suzuki.

Après avoir fait le tour de cette liste alarmante, nous avons identifié les autres problèmes liés à l’usage des cosmétiques conventionnels. Il faut savoir qu’au lieu de prendre soin de notre peau et de nos cheveux, ces derniers dégradent leur état, forces et fonctions naturels, ils créent plus de problèmes qu’ils n’en soignent et ils créent plus de besoins qu’ils n’en remplissent. De ce fait, ils nous obligent à acheter encore plus de produits et à dépenser plus d’argent. Enfin, pour couronner le tout, certains cosmétiques conventionnels contiennent des produits d’animaux et sont testés sur les animaux.

À ce stade-là, j’avais fait le tour des problèmes principaux liés aux cosmétiques conventionnels et j’ai donc demandé aux élèves de dresser la liste des critères à privilégier pour se constituer une trousse de toilette saine, éthique et écologique : utiliser moins de cosmétiques mais de meilleure qualité, sélectionner des produits multi-usages, privilégier les produits sans emballages, opter pour des emballages sans plastique, compostable ou recyclable s’il n’y a pas d’option sans emballage, choisir des ingrédients purs, non-transformés, bio, naturels et aussi locaux que possible, acheter des produits de marques véritablement éthiques et écologiques.

Pour continuer, je leur ai proposé de réfléchir aux alternatives répondant à ces critères qu’ils et elles connaissaient ou utilisaient déjà. La plupart avait déjà entendu parler du pain de savon, du shampoing solide et des brosses à dents en bambou… mais c’était à peu près tout et je crois que c’était parce que j’en avais parlé lors de mes ateliers précédents ! Aucun.e d’entre eux/elles n’utilisait ces produits toutefois.

Je leur ai ensuite dévoilé le contenu de ma trousse de toilette bio, naturelle, végane et presque zéro déchet : une brosse à dent en bambou, un verre en inox, un pain de savon, une eau florale, du gel d’aloe véra, des huiles végétales, des huiles essentielles, du vinaigre de cidre de pommes, de la farine d’avoine, des débarbouillettes en coton, un peigne en bois, une brosse à cheveux en bois et en sisal, une brosse pour le corps, un cure-oreille en inox, une lime à ongle, un coupe-ongles, un rasoir et une pince à épiler. Je leur ai expliqué la fréquence d’utilisation de ces produits, avec leurs avantages et inconvénients et aussi comment je suis parvenue à me passer de cosmétiques tels que le maquillage, le déo ou le dentifrice.

Nous avons ensuite réfléchi aux autres alternatives dont les élèves pourraient avoir besoin : le déodorant solide, le dentifrice solide, les lingettes démaquillantes lavables, le maquillage naturel, les produits et accessoires de rasage et les protections menstruelles réutilisables. Les élèves étaient fascinés par toutes ces options et s’ils/elles avaient pu en acheter certaines sur le champ, je crois bien qu’ils/elles l’auraient fait ! Ils/elles avaient donc hâte de savoir où ils/elles pouvaient se procurer tous ces produits- il est donc utile d’arriver à ce genre d’atelier avec une liste de boutiques en ligne ou physiques et de marques de cosmétiques naturels, éthiques et écologiques que l’on peut recommander. Mais je leur ai aussi rappelé que plusieurs de ces produits se trouvaient au rayon alimentation de la plupart des magasins, voire directement dans le jardin potager du lycée pour les soins à base de plantes.

Pour terminer, je leur ai demandé de répondre aux 3 questions suivantes :

Dans votre trousse de toilette…

C’était pour moi le moment de voir si j’avais ou non atteint mon objectif : sensibiliser ces élèves à la nécessité et aux bienfaits d’adopter les cosmétiques naturels et zéro déchet… Et à ma plus grande joie, j’avais devant moi une quinzaine d’élèves bien décidé.e.s à révolutionner leur routine d’hygiène et le contenu de leur trousse de toilette ! Un petit groupe a décidé de se relever ensemble un défi « no-poo », un élève a décidé de tester la vie sans déo, un autre sans dentifrice… bref, chacun.e est reparti.e avec une ou plusieurs idées bien précise en tête pour faire ses premiers pas vers une routine hygiénique plus saine et plus écologique.

Cet atelier s’est déroulé dans la joie et la bonne humeur, dans un véritable esprit d’échange et de partage. J’étais là pour leur donner des informations, des pistes de réflexion et des astuces et eux/elles sont venu.e.s avec leurs expériences, leurs connaissances, leurs réticences et leurs questions. Ils/elles se sont régulièrement montré.e.s étonné.e.s en apprenant certains faits sur les déchets et cosmétiques et enthousiastes en réalisant la simplicité et l’accessibilité de certaines alternatives. On a aussi pu parler sans tabou d’odeurs et d’hygiène et remettre en question l’usage de certains produits (déo, maquillage, épilation…) et la fréquence de certaines habitudes (douches, shampoings…).

Les élèves étaient extrêmement réceptifs.ves tout au long de l’atelier et on sentait qu’ils/elles avaient envie de simplifier et d’améliorer leur routine d’hygiène et de beauté ! Même s’ils/elles n’y parviennent pas tout de suite, je suis convaincue qu’ils/elles ne regarderont plus le contenu de leur trousse de toilette de la même manière et qu’ils/elles ne choisiront plus leurs cosmétiques en fonction du prix ou de l’emballage. En tous cas, ils/elles ne seront plus dupes !

Pour moi, c’était très inspirant de voir que ces jeunes étaient ouvert.e.s à l’idée de remettre en question leurs habitudes et d’en changer certaines. S’ils/elles commencent ce cheminement aujourd’hui, je me dis qu’au moment où ils/elles auront des enfants, ils/elles pourront naturellement leur transmettre de bonnes habitudes dès le départ… Je suis donc super motivée pour organiser de nouveaux ateliers de ce genre dans le cadre du programme « Life Skills » et je me suis donc mise d’accord avec ma collègue en charge pour proposer un nouveau sujet chaque mois à partir de la rentrée prochaine… en espérant que j’arrive à trouver le temps et l’énergie nécessaires pour organiser tout ça !

Seriez-vous intéressé.e.s pour organiser ce genre d’atelier auprès de jeunes ou d’adultes ? Les jeunes de votre entourage sont ils/elles sensibilisé.e.s à l’impact des cosmétiques conventionnels ?
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