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Pourquoi je me suis (re)mise à la course à pied ?

En avril 2024, après 10 années sans faire de sport, j’ai de nouveau enfilé mes (vieilles) baskets [1], plus déterminée que jamais à faire de la course à pied avec régularité. Un an plus tard, malgré deux tendinites, deux mois d’arrêt cumulés en douze mois en raison de blessures, de douleurs et de virus, j’ai parcouru plus de 500 kilomètres, enfilé mes baskets 2 à 3 fois par semaine été comme hiver, par temps pluvieux comme par temps glacial et j’ai couru mon tout premier semi-marathon, à Freiburg, le 6 avril dernier.

Mon rapport au sport dans l’enfance

Pourtant, le sport et moi, ça a longtemps été une grande histoire de désamour. Personne dans ma famille ne faisant d’activité physique régulière et ne m’ayant encouragée à en faire, c’est uniquement à l’école que j’ai été initiée au sport. Bien que je me souvienne avoir adoré grimper à la corde, sauter en longueur et en hauteur et faire de la GRS [2], j’ai absolument détesté tout le reste, soit les sports collectifs et compétitifs – rugby, handball, basket, football, volley-ball – qui constituaient la majorité de nos cours d’EPS, de la primaire au lycée. En plus de me sentir maladroite face à n’importe quel ballon, je trouvais ce type de sport à la fois ennuyant, stressant et pénible… à tel point qu’en seconde, je me suis organisée bon nombre de fois pour « rater » le car scolaire qui conduisait ma classe à la salle de gym chaque semaine [3]  !

Même si j’aimais beaucoup faire des randonnées et du ski avec mes cousin·es le week-end et que j’ai apprécié prendre des cours de natation enfant et de tennis adolescente, mes expériences scolaires m’ont persuadée que je n’étais pas faite pour le sport. Je n’ai donc jamais particulièrement cherché à en faire, et surtout, je n’en ai pendant très longtemps pas compris l’intérêt. Je considérais le sport comme un loisir réservé aux personnes douées en la matière ou bien comme une activité destinée à se détendre, perdre du poids ou se muscler. Me jugeant « nulle en sport », me sentant « faible » physiquement, ayant d’autres sources de détente et aucune envie de perdre du poids ni de me muscler, intégrer une activité physique à mon quotidien me paraissait alors superflu.

L’évolution de mon rapport à l’activité physique

C’est au cours de ma Première et de ma Terminale que mon rapport à l’activité physique a commencé à évoluer. Ayant obtenu une bourse pour intégrer un lycée international sur l’île de Vancouver, au Canada, je suis partie en internat, à quelques milliers de kilomètres de ma famille, après mon année de seconde. Ce fut une expérience extrêmement enrichissante mais aussi très stressante à bien des niveaux, m’obligeant à trouver des moyens de décompresser… La première année, j’ai trouvé beaucoup de réconfort dans la nourriture (grasse et sucrée) et j’ai pris du poids, ce qui m’a valu de nombreuses remarques désobligeantes de la part de mon entourage à mon retour en France, pendant les vacances estivales. Après un été passé à me sentir très mal dans ma peau, j’étais déterminée à mieux manger, mais surtout à perdre du poids. Par conséquent, dès mon retour au Canada, pour ma Terminale, j’ai investi la salle de gym et la piscine du campus, ainsi que les sentiers alentours, pour faire du vélo elliptique, nager et courir plusieurs fois par semaine, uniquement motivée par mon souhait de perdre les quelques kilos pris en Première. Ainsi, le jour où, à 17 ans, je me suis volontairement mise à pratiquer du sport, c’était en réaction à des remarques grossophobes et non pas par plaisir.

Tout en étant lucide concernant le rapport malsain à mon corps, à mon poids et au sport que j’ai pu entretenir durant ces heures passées à pédaler, nager et courir, je dois reconnaître qu’au fil des mois, ma relation à l’activité physique a changé pour le mieux. En effet, force était de constater que cela me faisait profondément du bien, mentalement. En voulant perdre du poids, je me suis surtout allégé l’esprit, j’ai gagné confiance en ma capacité à soutenir des efforts physiques intenses, sur la durée, et j’ai réalisé que loin du collectif et de la compétition, je pouvais y prendre énormément de plaisir. Par chance – c’en est une car je sais combien la pente est glissante –, ma relation à l’alimentation et à mon corps s’est apaisée au fil du temps et de cette période de mal être, ne m’est restée qu’une chose : la conviction que je n’avais pas besoin d’être une championne pour pratiquer du sport, et que les activités physiques solitaires pouvaient être de véritables sources de bien-être pour moi, sans que je ne cherche à me muscler ni à perdre du poids.

Un peu de sport ici et là

Malgré ce tournant dans ma vision de l’activité physique, ma pratique sportive est devenue très aléatoire pendant les 13 années qui ont suivi mon obtention du bac. En dehors d’une année et demie pendant laquelle j’ai pris deux cours de karaté par semaine à l’université, il y eu des étés où j’ai beaucoup nagé et des périodes où j’ai un peu couru, avec beaucoup d’irrégularité. J’avais beau savoir qu’une pratique plus constante me serait salutaire, je laissais toujours le travail, mes autres impératifs et une certaine flemme, prendre le dessus. Ce n’est que lorsque je suis retournée vivre sur l’île de Vancouver, au Canada, en 2011, que j’ai réussi à me remettre à nager et à courir régulièrement. La piscine étant à 30 secondes à pied de chez moi et les sentiers alentours – qui traversaient la forêt britanno-colombienne et menaient à une plage ou à un lac – étant absolument magnifiques, c’est tout naturellement que j’ai voulu en profiter. Par ailleurs, ayant gardé un excellent souvenir de ma première course de 10 km effectuée 10 ans plus tôt à Victoria, j’avais envie de renouveler l’expérience et je savais qu’avoir cet objectif de course annuelle m’aiderait à être plus régulière et assidue dans ma pratique sportive [4].

Trois ans plus tard, j’ai posé mes valises à Freiburg, en Allemagne, avec l’intention de poursuivre la course à pied. Néanmoins, habituée à courir dans le calme et la verdure de la campagne au Canada, je n’ai pas retrouvé le même plaisir en ville. Je trouvais le chemin le long de la rivière trop bruyant à cause de la voie rapide qui la longe et les chemins forestiers trop intimidants à cause du dénivelé. C’est ainsi que j’ai complètement laissé tomber la course à pied et que, pendant les années qui ont suivi, je me suis persuadée que mes trajets quotidiens à vélo me suffisaient largement en termes d’activité physique.

Maladies et douleurs chroniques

À partir de 2021-2022, mes symptômes liés au syndrome de l’intestin irritable ainsi qu’à l’endométriose – deux maladies inflammatoires chroniques dont je souffre depuis l’adolescence – se sont empirés. En 2023, j’ai découvert LYV [5], une plateforme proposant un programme d’information, du soutien et des outils en ligne développés par des scientifiques et professionnel·les de la santé et destinés aux personnes atteintes d’endométriose. Suivre ce programme m’a notamment permis de prendre conscience de l’importance de l’activité physique pour la réduction et l’apaisement de mes différents maux. Sachant que les douleurs m’épuisent, aussi bien physiquement que mentalement, me mettre au sport me paraissait alors complètement contre-intuitif. Pourtant, toutes les informations apportées au cours de ce programme, par des expert·es en endométriose, n’ont pas tardé à me persuader que cette fatigue était surmontable et qu’une activité physique régulière et adaptée m’y aiderait.

Au printemps 2023, je me suis alors mise à suivre les cours de Pilates proposés dans le cadre du programme et je me suis remise à la course à pied en me fixant l’objectif de courir le semi-marathon de Freiburg au printemps 2024. Ayant déjà effectué quelques courses de 10 km par le passé, je savais qu’un objectif plus important me serait nécessaire pour m’obliger à courir au moins 3 fois par semaine. Malgré un bon démarrage, j’ai tout arrêté du jour au lendemain, à la suite d’une opération en août 2023, au cours de laquelle m’ont été retirées plusieurs lésions d’endométriose. À ce stress physique s’est ajouté beaucoup de stress lié au travail – d’un côté, je subissais le manque de professionnalisme d’un collègue, et de l’autre, je devais boucler le manuscrit de mon livre Cuisine indienne vegan. Submergée par la fatigue et le stress, ainsi que l’apparition de nouveaux symptômes, j’ai laissé tomber la course à pied et le semi-marathon de Freiburg de 2024 m’est passé sous le nez.

Préménopause

C’est finalement au printemps 2024 que j’ai réussi à me remettre à courir – les désagréments des suites de l’opération étaient alors loin derrière moi, j’avais rendu mon manuscrit et malgré des soucis persistants au travail, j’étais moins stressée et je dormais mieux. En plus d’apaiser les maux causés par mes maladies chroniques, j’espérais qu’une activité physique régulière me permettrait de mieux vivre la préménopause (qui expliquait tous les nouveaux symptômes apparus au fil des mois précédents) et, plus tard, la ménopause. Plus je me renseignais sur le sujet, plus je réalisais l’importance de prendre soin de ma santé cardiaque, de ma musculature et de ma souplesse afin de prévenir nombre de maladies et de difficultés liés au vieillissement.

En voyant l’état physique et de santé dégradé des personnes ménopausées de mon entourage, j’avoue que vieillir m’angoissait terriblement. Alors après avoir soufflé mes 40 bougies en mars 2024, j’étais plus déterminée que jamais à prendre ma santé en main et à prendre soin de moi, afin de vivre la préménopause et d’aborder la ménopause plus sereinement. Pour la première fois de ma vie, j’ai pris conscience de l’importance de faire une activité physique régulière et adaptée non seulement pour décompresser et apaiser certains maux chroniques mais également pour prendre soin de ma santé cardiaque et développer/préserver mon capital musculaire, à une période de ma vie où les changements hormonaux qui s’opèrent fragilisent malheureusement mon corps. Mais je sais aujourd’hui que ce n’est pas une fatalité car même si ces changements sont inévitables, le sport peut m’aider à atténuer voir à contrer certains de leurs effets.

Cela fait un an que je me suis remise à faire du sport, et à courir plus spécifiquement, et je ne regrette qu’une chose : ne pas avoir su intégrer une activité physique intense et régulière à mon quotidien 20 ans plus tôt. Car devenir une sportive/runneuse à 40 ans, ça peut paraître cool, mais dans la réalité, ce n’est pas facile pour un corps et des muscles « oubliés » qui n’ont pas été habitués à un effort d’intensité et d’endurance depuis longtemps… Heureusement, le plaisir immense et les nombreux bienfaits apportés par la course à pied sont de vrais moteurs qui me portent plus loin et me donnent la sensation d’être un peu plus forte au fil des entraînements.

Articles à suivre dans cette série :


[1] Je vous raconterai mes erreurs de débutantes dans un prochain article mais en attendant, sachez qu’enfiler de vieilles baskets (usées) était une mauvaise idée et que j’ai rapidement dû investir dans une nouvelle paire soigneusement choisie en magasin sur les conseils d’un professionnel.

[2] GRS = Gymnastique Rythmique et Sportive

[3] Le cours de gym avait lieu après la pause déjeuner durant laquelle je rentrais chez moi. J’en profitais pour dire que j’avais fait une sieste pendant la pause et que je m’étais réveillée trop tard… J’allais en salle de permanence à la place !

[4] Sur 3 ans, j’ai participé à 3 courses de 10 km (1 par an) et à une course de 5 km.

[5] Le programme est désormais proposé via l’application LYV Endo

Quelle est votre relation au sport ? Celle-ci a-t-elle évolué au fil des années ? Quelle(s) activité(s) physique(s) aimez-vous pratiquer régulièrement ?

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