Lorsque j’ai ouvert mon compte Instagram au printemps 2017, je l’ai conçu comme une extension de mon blog, dans l’idée d’y partager de manière plus ou moins spontanée mes « petits pas et bonheurs verts du quotidien ». Mon fil d’actualité s’est par la suite enrichi de quelques réflexions personnelles et de contenus plus informatifs, suivant mon envie et mon inspiration du moment. Depuis 1 ou 2 ans, je relaye également régulièrement des stories ou des publications plus engagées autour de sujets sur lesquels je ne crée pas de contenu personnellement mais auxquels j’aimerais, à ma toute petite échelle, donner davantage de visibilité – écologie décoloniale, white savior complex (complexe du sauveur blanc/de la sauveuse blanche), invisibilisation des minorités, racisme, patriarcat, actions collectives, etc.
Si vous êtes sur Instagram et que vous suivez des créateur·rices de contenus engagés, cela ne vous aura certainement pas échappé : depuis environ 1 an, ces sujets ont pris une place beaucoup plus importante sur certains comptes et ont même parfois pris le dessus sur des contenus visant à promouvoir des actions individuelles et/ou des produits responsables. Compte tenu de mon intérêt personnel pour ces sujets (qui sont au cœur de mes cours d’anthropologie) et de leur importance à l’échelle globale, je ne peux que me réjouir de voir davantage de personnes en parler publiquement, mettre en lumière des problématiques que les médias grand public ont tendance à taire, vulgariser des concepts méconnus et partager des approches, des actions et des solutions permettant l’empowerment des citoyen·nes et notre affranchissement de la société capitaliste, patriarcale et coloniale dans laquelle nous avons vu le jour. Si vous êtes vous-même créateur·ices de contenus engagés, vous n’aurez sans doute pas échappé non plus à la pression grandissante d’utiliser notre voix et notre visibilité sur Instagram pour sensibiliser notre communauté à tous ces sujets plutôt que de parler de nos petits gestes écolo et de nos favoris bio qui, eux, ne changeront pas la face du monde. Ces « invitations » à faire un usage plus « intelligent » de mon compte Instagram et de ma visibilité ne m’ont bien évidemment pas laissée indifférente. Je dirais même qu’elles m’ont beaucoup secouée et qu’elles ont enfoncé un couteau dans la plaie à une période où le sentiment que je n’en faisais pas « assez » me pesait énormément sur la conscience. Sur le coup, j’ai tout remis en question et je me suis dit que je pourrais certainement à mon tour faire évoluer ma ligne éditoriale pour proposer du contenu plus « utile », recherché et approfondi. Finalement, après avoir failli céder à la pression, j’ai réalisé que cela ne faisait aucun sens pour moi – en tout cas pas sur Instagram et pas maintenant.
Dans cet article, je vous explique les raisons de ce choix. Le choix de ne pas faire de mon compte Instagram une source d’information, de réflexion et d’échanges sur les innombrables fléaux structurels qui rongent la planète dans son ensemble. Le choix de continuer de partager mes menus végétaliens de la semaine, mes plats de saison préférés, mes coups de cœurs lecture, mes jolies découvertes et quelques réflexions et expériences personnelles. Comme d’habitude, j’expose ici les raisons qui me sont propres, suivant mes priorités, limites et aspirations personnelles – raisons qui ne m’empêchent aucunement d’apprécier et soutenir le contenu de personnes faisant un usage différent de leur compte.
LES LIMITES D’INSTAGRAM
Les raisons principales pour lesquelles je ne souhaite pas m’investir davantage sur Instagram reposent sur les limites de l’application elle-même dont le format, la politique et l’éthique ne me donnent personnellement pas envie d’en faire un outil de communication et d’échanges privilégié.
Du contenu éphémère
Instagram, ce sont des stories qui durent 24h et des publications qui se noient dans un fil d’actualité saturé et soumis aux règles d’un algorithme discriminatoire. Alors que les stories disparaissent complètement, à moins d’être enregistrées sous forme de captures d’écran par les abonné·es et/ou épinglées « à la une » par les créateur·rices, les publications restent dans le profil et peuvent être épinglées dans nos dossier favoris pour les retrouver facilement ultérieurement. Néanmoins, combien de personnes prennent le temps de fouiller les archives des stories enregistrées « À la une » en encore d’en faire des captures d’écran ? Quant aux publications, leur « durée de vie » ne dépasse généralement pas les 24 heures. Même quand elle est aimée et partagée de très nombreuses fois, une publication génère rarement – pour ne pas dire jamais – de nouveaux échanges par la suite. Je ne souhaite donc pas investir davantage de temps dans la création de contenu plus approfondi et plus éphémère.
Un format limitant
Bien qu’Instagram offre de plus en plus de fonctionnalités permettant de diversifier les formats des publications Instagram – IGTV, reel, enregistrements en direct (live) pouvant durer jusqu’à 4 heures, et que nous puissions y publier aussi bien des textes que des photos, des vidéos et de la musique, nos publications se heurtent toujours à certaines limites d’espace et de temps. Les publications permanentes en particulier offrent peu de possibilités – l’espace de texte y étant limité à 2 200 caractères, de plus en plus de personnes se rabattent sur le carrousel de photos pour y télécharger des images contenant du texte plutôt que des photos. Même si ces différentes options visuelles et audio permettent de diffuser du contenu plus approfondi que via le format de publication traditionnel (photo + légende de 2 200 caractères), nous reste limité·es par l’espace (10 slides en carrousel) lorsque, comme moi, on est surtout intéressé·es par la création de contenu écrit hors story. Si pour certain·es ces limites sont source de créativité, pour moi dont les articles de blog font facilement 15 000 caractères, c’est un véritable frein – surtout que pour aborder des concepts et des problèmes de société complexes je ne saurais personnellement pas aller à « l’essentiel » (contrairement à certain·es qui le font très bien !).
L’inconfort de lecture et d’écoute
Les multiples possibilités qu’offre désormais Instagram en termes de contenus incitent bon nombre de créateur·rices à user de leur créativité pour imaginer des vidéos, du texte et des images toujours plus travaillés, esthétiques, riches, percutants ou divertissants… Mais personnellement, malgré leur qualité, je n’arrive pas toujours à apprécier pleinement ces contenus, à cause de l’inconfort de lecture sur mon Smartphone. Par ailleurs, bien souvent, les textes intégrés qu’on fait défiler en carrousel, ou même en stories, ont une taille et des polices de caractère difficilement lisibles (quand l’esthétique et la quantité sont privilégiés) – et ce pas seulement pour les personnes mal voyantes. Par ailleurs, lorsqu’il s’agit de stories riches en texte, le fait de devoir appuyer sur l’écran pour les lire jusqu’au bout est loin d’être pratique (suis-je la seule à perdre patience à la lecture de très longues stories ou bien à « perdre » des stories tout simplement parce que mon doigt a glissé ou bien j’ai été interrompue ?). De même, les stories non sous-titrées sont inaccessibles aux personnes malentendantes ou à celles qui consultent Insta sans le son, pour diverses raisons (ce qui est bien souvent mon cas).
Le téléphone reste pour moi un outil pratique pour envoyer des messages, appeler des personnes et consulter des sites ou applications plus ou moins « rapidement » – pas pour passer des heures à lire (ou essayer de déchiffrer des textes) sur mon tout petit écran. Si je devais créer du contenu sur des sujets plus complexes, j’aimerais qu’il puisse être apprécié pleinement et accessible au plus grand nombre – ce qui me semble difficile via une application telle Instagram.
Une application chronophage
Même quand on ne veut pas y passer des heures, il faut bien reconnaître qu’à partir du moment où l’on souhaite proposer du contenu qualitatif – aussi bien visuellement que textuellement – cela demande énormément de temps. Personnellement, je propose des photos avec une mise en scène basique, jamais retouchées (j’aimerais bien mais je ne sais pas faire) et du texte plutôt soigné mais toujours dans la limite des 2 200 caractères. Mon contenu est donc assez minimaliste et pourtant, la majorité de mes publications nécessitent une à deux heures de travail en amont. Je n’ose donc pas imaginer le temps qu’il me faudrait pour créer 10 slides de texte en carrousel… Tout ça pour des contenus qui seront rarement consultés au-delà des 24 heures suivant leur publication et qui, dans le pire des cas, n’apparaîtront même pas dans le fil d’actualité de nos abonné·es, soit parce que l’algorithme en a décidé ainsi, soit parce qu’il est déjà saturé. Encore une fois, si j’étais amenée à créer du contenu me demandant des heures voire des jours de recherche, je préfèrerais qu’il soit davantage visible et accessible.
Un algorithme et une politique discriminatoires
Depuis 2016, les publications qui apparaissent dans notre fil d’actualité sont choisies par un algorithme (dont on ignore les critères) qui invisibilise bon nombre de contenus, d’autant plus lorsque ceux-ci sont à caractère militant. Cela veut dire que même en étant abonné·es à certains comptes, on passe à côté de certaines publications – à moins d’activer les notifications de nos comptes favoris, de consulter régulièrement leur profil… ou d’être abonné·es à un nombre de compte limité. En effet, alors qu’on s’insurge (et pour de bonnes raisons) contre l’algorithme d’Instagram, n’oublions pas que les utilisateur·rices ont aussi leur rôle à jouer dans le nombre de publication qui apparaissent dans leur fil d’actualité. Personnellement, je ne suis pas abonné·es à plus de 70-80 comptes Instagram – cela me permet de ne manquer aucune publication de mes comptes préférés et de lire chacune d’elle avec intérêt si je ne me connecte suffisamment fréquemment (2 à 3 fois par jour). Cela dit, sur un réseau social saturé de comptes véritablement instructifs et intéressants, devenus pour beaucoup une source importante d’information, de réflexion et d’échanges, je conçois qu’il soit difficile de limiter son nombre d’abonnements.
Au-delà de cet algorithme, Instagram a clairement une politique dont l’éthique laisse à désirer. Alors que des comptent diffusant des messages misogynes, racistes, homophobes, etc., continuent de publier dans l’impunité malgré les signalements des utilisateurices, les personnes diffusant des messages féministes, misandres, anti-patriarcat et anti-tout-ce-qui-va-à-l’encontre-de-nos-droits voient leurs publications retirées et leur compte invisibilisé… la liberté d’expression et le respect de la personne ne font clairement pas partie des valeurs d’Instagram. Je n’ai donc pas envie de m’investir dans la création de contenu plus engagé si c’est pour être soumise aux règles d’une application avec laquelle je n’ai clairement aucune valeur en commun.
AU-DELÀ D’INSTAGRAM – MES LIMITES ET PRIORITÉS PERSONNELLES
Au-delà des défauts propres à Instagram, d’autres raisons, plus personnelles, peuvent expliquer pourquoi je ne souhaite pas publier davantage de contenu informatif et engagé sur ce réseau social.
Les limites de ma légitimité
On nous encourage à nourrir ce flot d’information engagée sur Instagram sous couvert que « tout le monde est légitime ». Si je suis d’accord sur le principe – chacun·e devrait se sentir libre de partager ses connaissances et expériences, j’ai personnellement du mal à l’idée de présenter des concepts et problématiques que je ne maîtrise pas suffisamment – sans même chercher à les maîtriser complètement (ce qui est relatif), il m’importe d’être très à l’aise avec un sujet pour pouvoir en parler publiquement. Et cette aisance ne me vient pas facilement ; cela est peut-être en lien avec mon travail de prof (d’anthropologie) où j’ai pris l’habitude de lire divers articles ou livres sur une même thématique, un même concept, une même théorie avant de pouvoir les présenter en classe avec le sentiment d’avoir pris en compte assez de perspectives différentes de manière assez critique et nuancée. J’ai aussi l’habitude, dans mon travail, de faire face à des questions complexes et pointues de la part de mes élèves – auxquelles je ne sais pas toujours répondre – alors je sais combien il est important de maîtriser son sujet avant d’en parler. Par ailleurs, si dans mes classes il est assez simple d’échanger sur les lacunes d’une définition ou le biais d’un propos, sur Instagram, on a vite fait de se faire sermonner par la police de la légitimité. J’ai déjà beaucoup de mal à gérer les reproches, les tensions et les conflits en personne, alors via écran interposé, non merci !
Une mauvaise ambiance
De nombreux·ses militant·es font un travail remarquable sur Instagram – avec rigueur, pédagogie, patience et humilité, iels partagent et décryptent des informations indispensables à notre compréhension du monde, à l’éveil de nos consciences et à notre investissement dans diverses luttes. En revanche, alors qu’on nous répète depuis longtemps maintenant qu’il faut arrêter de blâmer les individus pour leur comportement et s’attaquer au système qui nous oppresse et détruit la planète, combien de créatrices de contenu se voient accusées – par d’autres personnes engagées – de faire des mauvais choix dans leur quotidien, de faire de mauvais choix de partenariats, de ne pas être suffisamment légitime, de ne pas s’être exprimé·es sur tel ou tel sujet. Combien de créatrices de contenu sont insultées et humiliées – en message privés, en commentaire ou même « publiquement » dans des stories que tout le monde s’empresse de relayer ? Personnellement, je n’en peux plus de cette ambiance, de cette pression exercée par d’autres militant·es mais aussi par des abonné·es qui se permettent de nous envoyer un message pour nous dire combien iels sont déçues qu’on n’ait pas parlé de tel drame ou de telle cause. Bien entendu, je trouve important qu’on remette en question certains propos, qu’on soulève certaines problématiques dans les contenus partagés – mais cela ne pourrait-il pas se faire respectueusement ? L’écran qui nous sépare les un·es des autres semble trop souvent nous faire oublier que derrière chaque profil Instagram il y a de vraies personnes que l’écran ne protège aucunement du manque de courtoisie, de l’insensibilité et de la méchanceté des gens.
Au risque de paraître superficielle et pas assez engagée sur Instagram, je préfère donc continuer de partager « mes petits pas et bonheurs verts » plutôt que de m’exposer à un risque accru de me faire réprimander par la police militante et toustes celleux qui savent et font mieux que moi.
Une bulle qui m’étouffe
Je remarque par ailleurs une unification des voix, un manque de diversité (d’opinion, d’origines, d’identités, etc.) parmi les personnes qui s’expriment – ou tout du moins celles qu’on écoute et dont les propos sont relayés – et je pense qu’il est nécessaire de diversifier aussi bien les voix mises en lumière que les voies empruntées pour se faire. Sur Instagram, on entend globalement toujours parler des mêmes problématiques et de la même manière ; le fait qu’y soit abordés des sujets peu évoqués dans les médias grand public – ou en tout cas pas de la même façon – nous donne l’impression d’avoir accès à du contenu plus riche et moins biaisé mais ce n’est pas forcément le cas. L’information qui circule sur Instagram reste très ethnocentrique et eurocentrique (pourquoi certain·es créateurices de contenu se voient reprocher de ne rien dire suite à l’attaque terroriste d’octobre dernier à Nice mais pas suite à celle ayant eu lieu quelques jours plus tard à l’université de Kaboul, faisant plus de 30 mort·es et plus de 50 blessé·es ?) – c’est tout à fait normal de s’intéresser à ce qui nous touche de plus près et personne n’a la capacité de s’informer sur tous les maux du monde. Il n’en reste pas moins qu’Instagram reste une bulle – une bulle déjà saturée des mêmes informations et où, à force d’entendre toujours la même chose, j’ai l’impression d’étouffer et de tourner en rond.
Si chaque voix qui s’élève compte, s’il est important qu’un maximum de personnes s’exprime sur nombre de fléaux publiquement, je ne pense pas avoir quoi que ce soit de plus à apporter aux voix qui s’élèvent déjà et qui s’expriment bien plus intelligemment et clairement que je pense être capable de le faire de toute façon.
Ma santé mentale
Même si je l’ai évoqué à plusieurs reprises au cours des deux dernières années ici et sur Instagram, mais surtout sur Tipeee, je crois que seules les personnes que j’ai côtoyées dans la vraie vie savent combien la naissance de notre bébé m’a fragilisée physiquement et mentalement, me donnant l’effrayante sensation de vivre au bord d’un gouffre des mois durant… Le début de la pandémie, survenue lors du 1er anniversaire de notre enfant, n’a fait qu’amplifier cette sensation, et si j’ai à plusieurs reprises aperçu la lumière au bout du tunnel depuis, je me suis autant de fois retrouvée de nouveau plongée dans le noir, face à mes démons. Depuis, ma santé physique et mentale est en oscillation permanente et même si je me sens beaucoup mieux depuis quelques mois, je suis loin de me sentir suffisamment forte pour me fixer de nouveaux objectifs. Alors que je peine encore à faire face à mes responsabilités en tant que maman, conjointe et professeure, m’imposer de nouveaux défis, en dehors de ma zone de confort est la dernière chose dont j’ai besoin actuellement pour me reconstruire.
La santé mentale est souvent invoquée comme raison empêchant certaines personnes de s’engager davantage et de militer – raison que je comprends bien évidemment entièrement. Pourtant, cette raison tout à fait légitime de vouloir se préserver d’une activité faisant appel à des ressources émotionnelles importantes, n’est pas toujours entendue. On nous dit connaître des personnes à la santé mentale fragile militer et que leur engagement au sein de collectifs a d’ailleurs un impact positif sur leur bien-être – ce que je veux bien croire. On nous dit qu’il est important que tout le monde s’investisse, afin que l’on puisse se relayer et ainsi éviter de laisser une minorité de militant·es s’épuiser sur le terrain – ce avec quoi je suis entièrement d’accord. Ma culpabilité ne fait que s’amplifier face à de telles injonctions. Pourtant, n’en déplaise à certain·es, je sais qu’au vu de mon état et de mon quotidien actuels, j’ai besoin de me reconstruire avant de retrouver la force, l’envie et la motivation de bâtir de nouvelles choses dans ma vie et autour de moi.
Mon équilibre personnel
Par ailleurs, il faut savoir que si j’ai choisi de départager mon temps de travail entre l’enseignement de l’anthropologie et la création de contenus engagés axés autour de l’écologie dite du quotidien, c’est parce que j’ai besoin de cet équilibre dans ma vie professionnelle. Dans le cadre de mes cours, on parle de patriarcat, du capitalisme, de (neo)colionalisme et de toutes les violences (symboliques, structurelles, physiques, etc.) qui en découlent tous les jours. Au quotidien, de par mes choix de thématiques et d’ethnographies, j’essaie de sensibiliser mes élèves à des causes importantes et de les faire réfléchir à leur place et à leur rôle dans le monde. Je travaille par ailleurs dans un lycée où toustes nos élèves sont internes et certain·es viennent de contextes socio-culturels, politiques et/ou familiaux compliqués – au-delà de l’enseignement, je suis donc aussi tenue d’apporter mon soutien émotionnel à des élèves réfugié·es, issus de foyers violents, rejeté·es à cause de leur transidentité, etc. Alors après avoir passé des heures à parler de discriminations et de violences diverses dans le cadre de mes cours et à avoir été attentive aux besoins émotionnels d’élèves en difficulté, j’ai personnellement besoin, pour mon équilibre mental de travailler sur des choses plus « légères ».
M’engager davantage, oui, mais ailleurs et autrement
Enfin, si j’étais aujourd’hui suffisamment bien et disponible pour renforcer mon engagement, ce n’est pas sur Instagram que j’aimerais investir mon temps et mon énergie – pour toutes les raisons évoquées ci-dessus mais aussi parce que je pense être plus utile ailleurs et autrement. Le partage d’information à caractère engagé – sur Instagram et ailleurs – est précieux et nécessaire mais je ressens personnellement le besoin de mettre mes connaissances, mes compétences, mon temps et mon énergie (quand j’en aurai) à disposition d’actions militantes, au sein d’associations ou de collectifs (j’ignore encore où et comment).
Et quand j’aurai l’envie et la possibilité de m’exprimer sur des sujets engagés, le blog restera toujours le médium idéal pour moi – un lieu où je ne suis pas limitée par le nombre de caractères, où la visibilité de mes propos n’est pas soumise à un quelconque algorithme, où mes articles sont lus et commentés des années durant, où je peux citer Moi les hommes, je les déteste, le livre de Pauline Harmange, sans risquer d’être censurée et où je me sens véritablement libre de m’exprimer – ou pas -, tout simplement.
